Le Canadien Benjamin Smith a été nommé hier à la tête d’Air France. Qu’est-ce qui est frappant dans ce choix ?

Benjamin Smith, le nouveau directeur général d'Air France
Benjamin Smith, le nouveau directeur général d'Air France © AFP / HO / Air Canada

Cette nomination marque une vraie rupture, pour au moins deux raisons.

Primo, vous l’avez dit, Ben Smith est Canadien, donc non français, et même non européen. C’est la première fois dans l’histoire de l’entreprise et ça fait grincer les dents syndicales.

Deuxio et sans doute plus important, Smith est un non-fonctionnaire. Ou pour le dire en positif, un professionnel du secteur, qui y travaille depuis longtemps, qui a même eu l’audace de devenir entrepreneur un moment de sa vie. 

Aussi étrange que cela puisse paraître, Air France n’avait jamais été dirigé par un homme connaissant l’industrie aérienne.

Cela veut-il dire que Ben Smith va réussir ?

C’est évidemment impossible à savoir, d’autant qu’il a un vrai handicap : il ne connaît pas les arcanes du dialogue social à la française, et encore moins les méandres du dialogue social chez Air France. 

Or la compagnie est clairement malade de ce dialogue social. Le patron précédent, Jean-Marc Janaillac, était parti à cause de ça. 

Mais Smith a deux atouts dans sa manche. 

D’abord, une connaissance intime du métier. 

Ensuite il a déjà réussi des négociations très complexes, chez Air Canada. Un vrai savoir-faire, trop souvent méconnu en France.

Quel sera son plus grand défi chez Air France ? 

Trouver un accord avec les pilotes, et ce n’est pas de la tarte.

Le problème est culturel. Aux États-Unis, les pilotes ont grosso modo un statut social de camionneur, même s’ils ont des compétences et donc un salaire plus élevé que celui des routiers. 

En France, les pilotes ont fait les grandes écoles. Ils sont convaincus de faire partie de l’élite. Ils voudraient tout décider ou presque : choisir les avions que doit acheter Air France, désigner le PDG, augmenter leurs salaires déjà très élevés. 

Mais ils ne poussent pas leur rêve de cogestion jusqu’au souci des équilibres financiers et à la définition d’une stratégie. 

Ça ne peut pas tenir. Ben Smith devra le leur faire comprendre.

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