Ce matin, vous commentez naturellement le plan d’économies présenté hier par Manuel Valls.

Depuis hier, on entend beaucoup de qualificatifs pour en parler : certains parlent d’austérité insupportable, d’autres disent qu’il s’agit d’un coup de rabot, pas de réformes. Moi, je retiendrais quatre mots, deux positifs, deux qui le sont nettement moins. En positif, ce plan de 50 milliards est concret et par certains aspects, courageux ; en moins positif, en négatif si on veut, il a des aspects curieux, bizarres et puis disons-le, le compte n’y est pas.

Commençons par le positif !

Il y avait quelque chose de rassurant à entendre dans la bouche du Premier ministre que les efforts demandés ne sont pas issus du diktat de Bruxelles, mais qu’ils doivent être accomplis parce que nous avons, nous la France, un problème d’excès de dépenses publiques. Les responsables politiques ont tellement l’habitude de se défausser sur l’Europe que c’est bien. Le courage et le concret, on le voit aussi avec le gel du point de la Fonction publique jusqu’en 2017 : cela fera au total sept ans depuis l’été 2010 ! Même si les augmentations individuelles automatiques continuent, ce n’est pas évident si on considère que les fonctionnaires votent plutôt à gauche ; cela concerne en tous cas plus de cinq millions de personnes, auxquelles il faut rajouter les quinze millions de retraités dont les pensions sont gelées.

Ce qui est moins positif, maintenant ?

Ce qui est curieux, c’est de se dire que François Hollande a réuni à l’Elysée pendant trois mois un conseil stratégique de la dépense publique dans le plus grand secret, pour aboutir à des mesures totalement banales. Un énarque de 23 ans débutant à la direction du Budget à Bercy aurait pu trouver le gel des prestations et des salaires. Où est l’imagination ? Où sont les réorganisations, dans l’Etat ou à l’hôpital ? Ecorner les salaires de fonctionnaires moyennement payés, c’est le degré zéro et c’est surtout le prix de toutes les non-réformes. Pour le reste, le compte n’y est pas. Avec les mesures nouvelles identifiées, on arrive à 15-20 milliards, pas à 50 ! Et puis, réflexion idiote : quand on parle de gel, au moment du dégel, qui arrivera forcément, les dépenses seront toujours les même ! Comment on arrivera au déficit à 3% en 2015 ? Mystère et boule de gomme. Bref, que les inquiets se rassurent et que les autres s’inquiètent, les dépenses publiques resteront à un niveau record parmi les pays développés.

Mais y-a-t-il une stratégie ou des calculs derrière la présentation d’hier ?

On peut faire des suppositions. Il y a le calcul politique : les syndicats et la gauche de la gauche sont trop faibles pour protester ; il y a la stratégie offensive, celle qu’Arnaud Montebourg expose dans Les Echos : accepter la baisse des déficits pour mieux exiger de la Banque centrale européenne et de l’Europe des contreparties, une politique de croissance ; il y a enfin peut-être un calcul économique. Afficher du courage et du sérieux pour être enfin pris au sérieux à Bruxelles et Berlin sur la croissance et les déficits et donc pouvoir discuter sérieusement délais et rythme. Une sorte de poker menteur. Tout cela étant dit, n’excluons pas, dans l’exercice d’austérité d’hier, de la sincérité.

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