Des entreprises et des grandes fortunes ont décidé de mettre la main à la poche pour Notre-Dame. Et voilà que cela suscite déjà un débat fiscal : quel drôle de pays ! Quoi que fassent les entreprises, elles ont apparemment tort.

La Rosace Nord de Notre-Dame, symbole d'une cathédrale à redresser ...
La Rosace Nord de Notre-Dame, symbole d'une cathédrale à redresser ... © AFP / PATRICK KOVARIK / AFP

Nous sommes bien en France : Notre-Dame a flambé dans la nuit de lundi et mardi et il a suffi de quelques heures pour qu'un début de polémique surgisse sur la fiscalité. 

Quand les entreprises ne donnent pas, elles sont critiquées et on brandit l’exemple américain, où les milliardaires partagent leur fortune. 

Quand elles donnent, on les critique en leur reprochant ou leur argent (qu'ils n'ont pourtant pas volé) ou de le faire pour des raisons de com et fiscales. 

C’est la 1ère fois que le mouvement est aussi rapide, visible et conséquent. LVMH et la famille Arnault (100 millions d'euros chacun), la famille Pinault (100 millions) , L’Oréal et la famille Bettancourt (200 millions), les Bouygues (10 millions), le groupe Total (100 millions), les banques, on n’est pas loin d’un milliard d’euros promis - un chiffre qui donne évidemment le vertige aux particuliers qui donnent 50 euros. 

On devine une course au mieux-donnant, peu importe au fond, mais on voit donc aussi qu’il y a débat parce que ces dons pourraient ouvrir droit à une réduction d’impôt. Réduction jusqu’à 66% pour les particuliers, 60% pour les entreprises. 

Dans un élan inopportun, Jean-Jacques Aillagon, ex-ministre de la Culture et actuel patron de la collection Pinault, a réclamé une réduction à 90% -il a retiré cette proposition-provocation au micro de Nicolas Demorand ce mercredi matin. 

En réalité, cet avantage est plafonné (ajout jeudi : mercredi et jeudi la famille Pinault puis Bernard Arnault en assemblée générale ont indiqué que l'avantage fiscal ne leur était pas ouvert ou qu'ils y renonçaient) et il faut rappeler que les fortunes comme les entreprises ont moins d'argent après le don qu'avant le don (même le niveau de la réduction d'impôt, 60%, est également élevé quand on compare à ce qui se fait ailleurs). 

Mais la vérité est aussi qu'elles feraient un très joli coup de com en renonçant pour partie ou totalité à cet avantage ! 

Cela ouvre un débat plus général. 

Qui doit entretenir et faire vivre le patrimoine ? L’Etat (le secteur public) et seulement lui, ou y-a-t-il une place utile pour l’argent privé ? 

-Le seul inconvénient de l’appel au privé est qu’il peut orienter le partage des coûts et la solidarité vers des causes, des monuments, des actions qui ne sont pas les plus importants pour l’intérêt général. 

-Mais l’avantage est que l'appel au privé instaure, de fait, un partage du financement entre l’Etat (la réduction d’impôt) et le privé (ce qui lui reste à charge), partage sans lequel les actions ne seraient pas menées. Si elles ne finançaient pas 40 euros sur un don de 100, c'est l'Etat qui devrait verser 100 euros. C’est gagnant-gagnant si les deux parties y trouvent intérêt. 

S’il peut paraître injuste que Notre-Dame attire en quelques heures autant de compassion par rapport à tant d’autres merveilles françaises délaissées, la bonne nouvelle est que la reconstruction de la cathédrale butera sur beaucoup de problèmes, mais pas celui de l’argent.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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