Le mouvement est sans précédent. De Bernard Arnault à Michelin, d'Accor à Saint-Gobain, les dirigeants ajustent leurs revenus. C'est notamment parce qu'ils savent que la récession va être dévastatrice. On va regretter le veau d'or brancardé par Christiane Taubira.

Bernard Arnault, PDG de LVMH
Bernard Arnault, PDG de LVMH © AFP / ERIC PIERMONT

Les grands patrons sont de plus en plus nombreux à diminuer leur rémunération pendant la crise sanitaire. 

Hier soir, c’est Bernard Arnault, le dirigeant-fondateur de LVMH, qui a renoncé à son salaire d’avril et mai, et à toute sa rémunération variable pour 2020. Hier matin, c’était la patronne des maisons de retraite Korian, Sophie Boissard, qui affectait un quart de son revenu à la recherche contre le Covid. 

En réalité, en France et ailleurs, le mouvement est large et prend diverses formes, de l’abandon complet au gel ou à la baisse partielle. En France, on parle d’Accor - Sébastien Bazin était hier sur Inter -, de Michelin, Sodexo, Saint-Gobain, Kering, la liste est loin d’être exhaustive. Aux Etats-Unis, de Boeing, Disney etc. etc. 

Les auditeurs se diront que la philanthropie est moins douloureuse avec un revenu autour de 4 millions d’euros par an, c’est vrai... Mais c’est un mouvement sans précédent. 

Alors, pourquoi ? 

  • Il y a la solidarité avec les salariés quand neuf millions de Français sont au chômage -partiel mais au chômage quand même. Ils s'additionnent aux 3,5 millions enregistrés à Pôle Emploi auparavant (catégorie A).
  • Il y a la solidarité avec les actionnaires parce que les dividendes baissent, par exemple de 30% chez LVMH. 
  • Il y a évidemment cette crise sanitaire si particulière, qui a conduit à arrêter l’économie sur ordre, et qui est si intime aussi puisqu’elle concerne la santé. 
  • Quoi encore ? Les grands groupes, qui ont tant parlé ces dernières années de leur vraie « raison d’être », de leur capacité à dépasser le seul bénéfice comme horizon, auraient été ridicules et scandaleux s’ils étaient restés les bras croisés en attendant la fin de l’orage. 

Donc, tout cela est bienvenu. Mais ?

Mais il y a un autre élément... moins rassurant. Si les grands patrons baissent leurs revenus, c’est qu’ils savent que la tempête économique va être terrible et qu’il faudra du temps pour en sortir. On entend que l’économie ne doit pas passer avant tout, c’est évident. Qu’elle "ne doit pas être un absolu, une divinité, un veau d’or", je cite Christiane Taubira ici lundi : d’accord. 

Mais vous vous souvenez des effets de la récession de 3% en 2009 ? Eh bien, on va voir ce qu’est une récession de 8%. Je vous l’assure, on va regretter le veau d’or. 

C’est la raison pour laquelle ces grands patrons ont fait passer des messages à l’Elysée dimanche dernier, comme l’a révélé Le Figaro, pour que l’économie redémarre, avec le maximum de sécurité, mais qu’elle redémarre sans trop tarder. 

En attendant, ils évitent de tendre la joue et d’ouvrir la boîte à baffes. 

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