L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos. » _____La Réserve fédérale américaine a fait hier un geste sans précédent, en ramenant son taux directeur, son principal taux d’intérêt, à quasiment 0%. A la surprise générale d’ailleurs. La Fed, la banque centrale des Etats-Unis, a abaissé brutalement son principal taux d’intérêt de 1% à une fourchette de 0 à 0,25%. C’est spectaculaire, d’abord, parce qu’un intérêt pratiquement égal à zéro, c’est totalement nouveau. En tous cas, il faut remonter au moins jusqu’à 1954. C’est spectaculaire, ensuite, parce que cela veut dire une chose très simple : l’argent est presque gratuit pour ceux qui s’approvisionnent auprès de la Fed, les banques aujourd’hui, les entreprises et peut-être les particuliers demain. C’est spectaculaire, enfin, parce que cela montre l’inquiétude des pouvoirs publics américains. Ils constatent que l’activité a calé, que le crédit circule mal parce que tous les acteurs économiques veulent se désendetter et, donc, qu’il y a un risque d’engrenage négatif. L’action est donc massive. S’il faut prendre une image, cela revient pour Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale, à monter dans un hélicoptère et à jeter des sacs de billet par la portière, d’inonder le monde avec des liquidités pour faire redémarrer la machine. Il dit aux Américains : dépensez votre argent parce que, placé, il ne vous rapportera rien. Empruntez parce que cela ne vous coûtera rien. Cela concerne tous les Américains parce que les taux de la banque centrale se répercutent sur les crédits de M. tout le monde. Mais la Fed est-elle sûre de ce qu’elle fait ? Il y a eu tellement de tentatives depuis trois mois que le doute est légitime ! Elle entre en tous cas dans des territoires inconnus. Aussi inconnus que le paysage, avec des prix en baisse, - 1,7 % sur le seul mois de novembre, et une situation de l’emploi terrible : 500.000 emplois disparus en un mois. Les pouvoirs publics cherchent manifestement toujours le remède miracle parce que tout le monde attend que les prix, des maisons, des actions, des voitures, diminuent et personne ne bouge. Le risque, si on ne fait rien, c’est la déflation. Le plus curieux dans tout ça, c’est que Ben Bernanke avait décrit en 2002, mais sur un mode académique, ce qu’il faudrait faire si tout ça se produisait. Et la conclusion était : ne pas attendre, agir, pas comme le Japon qui a connu dix ans de marasme dans les années 1990. Depuis 2007, la Fed a diminué 10 fois ses taux. Cette stratégie de la Fed est risquée. M. tout le monde connaît le nom de l’arme utilisée du haut de l’hélicoptère : la planche à billets. Le risque, c’est que quand vous atterrissez avec votre hélicoptère, le sol est couvert des sacs de billets que vous avez jetés mais personne n’en veut parce qu’ils ne valent plus tripette. Ça s’appelle l’inflation. C’est pratique pour effacer les dettes, mais c’est difficile d’en sortir. Et puis, on a quand même le souvenir que c’est l’indigestion de dettes qui est responsable de ce qui se passe. Qui a faim ? Derrière tout ça, il y a l’aveu que la politique monétaire ne peut pas faire plus. Barack Obama, hier soir, a d’ailleurs réagi en disant que le seul levier d’action était désormais un gigantesque plan de relance, son plan de relance, avec des vrais investissements. C’est cela qui est maintenant attendu. Le reste, l’hélicoptère de M. Bernanke, on peut craindre que ce soit du spectacle.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.