Edouard Philippe précise dans une interview aux Echos le contenu du plan de sortie de la crise des Gilets Jaunes. Tous les smicards ne gagneront pas 100 euros de plus par mois mais cette décision concernera bien plus que les smicards. Comme d'habitude, le coût de tout cela n'intéresse personne.

Dans l'interview accordée au journal Les Echos, Edouard Philippe revient sur ce qui va changer pour 2019
Dans l'interview accordée au journal Les Echos, Edouard Philippe revient sur ce qui va changer pour 2019 © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

On sait depuis longtemps que la politique est l'art du compromis toujours sur le fil du rasoir entre le discours, qu’il faudrait clair et simple, et la mise en musique, forcément plus complexe. 

Le gouvernement a travaillé jusqu’à dimanche soir pour caler le point d’atterrissage défini par Emmanuel Macron lundi dernier. Edouard Philippe devait lever deux obstacles. 

- Il fallait d’abord tordre le cou à l’idée, très présente sur les réseaux sociaux, que le pouvoir ne fait qu’accélérer en 2019 des décisions qui devaient de toute façon s’appliquer plus tard. En clair, il était accusé de "tricher" et de ne dépenser rien de plus par rapport à ce qu'il avait prévu dans les budgets 2018 et 2019. Ce n’est en définitive pas le cas. Il y a des éléments nouveaux, comme le coup de pouce aux heures supplémentaires, qui sera deux fois plus important que prévu (avec la défiscalisation).

- Le second obstacle était bien plus difficile à franchir, il s’agit de la hausse de 100 euros par mois du revenu des smicards. A la télévision, Emmanuel Macron avait dit : tous les salariés au salaire minimum seront concernés. En réalité, ils ne le seront pas tous, seulement la moitié, mais les smicards ne seront pas les seuls concernés

Pourquoi ? Parce que dans un foyer, vous pouvez avoir un smicard et un conjoint qui gagne nettement mieux sa vie. Edouard Philippe livre cette information intéressante et surprenante : 1,2 million de salariés autour du Smic se trouvent dans les 30 % des foyers Français les plus aisés. 

Est-ce dans ces conditions aux contribuables d’intervenir ? Il n’y a pas vraiment de raison, même si le débat est intellectuellement intéressant de décider si les aides sociales doivent aller à la personne ou au foyer, surtout quand les personnes au Smic sont plus souvent des femmes. 

Au total, 5 millions de foyers, c'est considérable, percevront désormais la prime d’activité, contre un peu moins de quatre millions aujourd'hui.

Edouard Philippe apporte aussi des précisions sur la facture. 

Elle s'élèvera autour de 10 milliards d’euros. Ce qu’il faut avoir en tête, c’est qu’on parle de 10 milliards chaque année, pas en une fois, donc c’est lourd -sauf si les taxes sur les carburants remontent en 2020. 

Les entreprises moyennes et grandes vont contribuer en perdant une baisse (promise) de l’impôt sur les bénéfices. Et ça y est, les GAFA (Apple, Facebook, Amazon etc.) vont être taxées en France, à hauteur de 500 millions d’euros. Le déficit public, lui, passera tout juste la barre des 3% (record européen) et a priori la dette publique va toucher les 100% du PIB. 

Bref, pour résumer, l’idée est de poursuivre en même temps la politique de l’offre (pro-entreprise), d’y ajouter un soutien à la demande (avec du pouvoir d’achat, pour que le travail paie), mais en fragilisant clairement le troisième côté du triangle, le redressement des comptes publics.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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