Le Japon a annoncé hier un recul de plus de 3% de sa production au dernier trimestre 2008. C’est le plus mauvais chiffre enregistré dans un grand pays industriel. De quoi souffre l’économie japonaise ? Le moteur du Japon, c’est l’exportation. Ou plutôt, c’était l’exportation. En un an, ses ventes à l’étranger ont chuté de 35%. Les fabricants de puces ou d’automobiles ont de plus en plus de mal à trouver des clients aux Etats-Unis, en Chine ou en Europe. Cette chute violente plombe la production, qui a reculé de plus de 4% en un an. Elle plombe aussi la cote de popularité du Premier ministre, Taro Aso, qui est tombé à moins de 10%. Son ministre de l’économie, qui s’est exprimé avant-hier devant des journalistes après avoir manifestement un peu trop levé le coude, ne va pas l’aider à remonter la pente. Les exportateurs japonais sont-ils les seuls à reculer ? Non, et c’est là le plus inquiétant. Les pays les plus dépendants des marchés étrangers subissent un freinage encore plus brutal que les autres. C’est le cas de l’Allemagne, qui a publié vendredi les plus mauvais chiffres de croissance de la zone euro après l’Estonie, avec un recul de plus de 2% au dernier trimestre. C’est le cas aussi de la Chine, avec des exportations en recul de 18% sur un an. Tout se passe comme si, avec la crise, chaque pays était en train de se recroqueviller sur lui-même. Ce n’est pas la faute au protectionnisme ? Dans le monde entier, les dirigeants crient au loup du protectionnisme. Hier encore, Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE qui est un peu le club des pays riches, expliquait à Madrid, je cite, qu’ “ il faudra lutter de toutes nos forces, dénoncer toute mesure qui irait contre les énormes avancées que nous avons connu en matière d'ouverture des marchés”. Tout à l’heure, je parie que Dominique Strauss-Kahn vous expliquera que c’est le premier danger qui nous guette. Et c’est vrai que dans la Grande dépression des années 30, les mesures de fermeture des frontières adoptées d’abord par les Etats-Unis puis par tous les pays avaient sans doute aggravé la crise. Mais aujourd’hui, ce n’est pas le protectionnisme qui fait s’effondrer le commerce mondial. Le vrai loup, c’est la crise économique et financière, qui fait peur à tout le monde et pousse chacun à se replier sur ses bases. C’est la fin de la mondialisation ? Le Premier ministre anglais Gordon Brown parle de “ deglobalisation ”. Sans aller jusque là, il y a un coup d’arrêt sérieux. Ceux qui se plaignaient de cette mondialisation qu’ils trouvaient trop injuste, trop violente, trop destructrice de la nature vont peut-être se réjouir du recul des échanges. Je pense exactement l’inverse. L’ouverture des frontières avait évidemment des effets négatifs, mais elle a sorti des centaines de millions de gens de la pauvreté. Son arrêt va replonger des dizaines de millions d’hommes et de femmes dans la misère. Aujourd’hui plus que jamais, vive l’ouverture. Et haro sur les inconscients qui l’ont mise à mal.

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