Les ministres des finances européens ont donné hier à la Grèce 30 jours pour engager des réformes. Trente jours, pas un de plus, un premier point sera fait le 16 mars et là, le gouvernement grec devra prouver qu’il peut réduire de 4 points dès cette année son déficit public, qui était de presque 13% du PIB à la fin 2009. C’est donc un discours très musclé qui a été employé hier à Bruxelles par les Européens. Mais le point le plus frappant est le fait qu’il semble bien que ces Européens ont gagné – pour l’instant – leur pari contre les attaques lancées par les marchés. Il y a huit jours, on se demandait si cette zone euro allait passer la semaine, si le flou du plan de sauvetage de la Grèce n’était pas une bourde monumentale. Eh bien, aucun détail n’a été donné hier encore, et les marchés sont restés calmes, l’euro est même remonté – ce qui est passage n’est pas une bonne nouvelle mais on ne sait jamais ce que l’on veut-. Bref, la première manche de la partie de poker a été gagnée par les Etats. Europe 1 – marchés 0 ! Comment ça s’est passé ? Pour l’expliquer, comme Thomas Legrand qui avait choisi d’illustrer hier la stratégie de Nicolas Sarkozy sur les retraites par une métaphore rugbystique, je vais utiliser un sport olympique, le slalom à ski. La France et l’Allemagne savaient qu’elles devaient envoyer des messages contradictoires à deux publics différents, slalomer entre plusieurs poteaux. Il fallait dire à l’opinion grecque qu’il n’y aurait pas de miracle et qu’ils devaient commencer par s’aider eux-mêmes. Et en même temps assurer les marchés financiers que parier sur une faillite de la Grèce allait leur coûter cher parce que de toute façon l’Europe serait là. A partir de là, la descente a été un peu cahotique parce que la communication a été brouillonne, mais personne n’est allé dans le décor. La dissuasion a fonctionné. Les Grecs savent que la rigueur arrive. Les marchés commencent à se dire que la Grèce ne sera pas le Mexique qui avait fait faillite en 1982. Une victoire définitive ? En France, à l’Elysée, à Bercy, comme à la BCE, personne ne mettrait sa main à couper. Les experts pensent que les marchés vont rester volatiles – en clair vont faire des yo-yo -, mais espèrent que le pire est passé. On verra. Quels sont en fait les risques ? Que la Grèce ne corrige pas la corruption, le travail au noir qui sont monnaies courantes. Ou que la rigueur amplifie la récession ou que les Grecs refusent cette humiliation collective… Dilemmes terribles, mais l’Europe veut préserver la zone euro qui concerne 330 millions de personnes, même si c’est difficile pour 10 millions d’entre elles. Naturellement, il aurait fallu y penser avant, naturellement certains auraient préféré un chèque de soutien, mais on peut comprendre les dirigeants européens. Les prochains rendez-vous sont prévus d’ici le 16 mars. Un premier pari a été gagné, mais attention, il y en aura d’autres. Le monde entier regarde ce qui se passe… ? La crédibilité de la zone euro est en cause. Hier, lLe secrétaire d’Etat américain au Trésor Tim Geithner a appelé Christine Lagarde pour savoir où on est était. Et le ministre des Finances britannique a « salué » la manœuvre européenne. Mais çà, de la part d’un pays qui a toujours joué contre l’euro, c’est peut-être le moins rassurant !

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