Patronat et syndicats négocient aujourd’hui sur les retraites complémentaires. Qu’est-ce qui est en jeu ?

Tout simplement l’avenir des retraites complémentaires. Des pensions qui font le quart du total des retraites pour les salariés et même plus de la moitié pour les 7 millions de cadres retraités ou futurs retraités. On est donc dans le très gros complément.

La situation est simple. Chaque année, les régimes Arrco et Agirc versent plus de pensions qu’ils ne reçoivent de cotisations. Le trou dépasse 5 milliards d’euros par an.

Pour l’instant, les deux régimes continuent en puisant dans leurs réserves. Sauf qu’à ce rythme, les réserves de l’Agirc des cadres auront disparu en 2018 et celles de l’Arrco qui profite à tous les salariés du privé en 2027.

Pinpon, il y a le feu au lac !

Comment alors retrouver l’équilibre ?

Comme toujours quand il s’agit des retraites, il y a trois moyens.

D’abord, relever les cotisations. C’est la solution voulue par la CGT et FO. Mais le patronat et aussi la CFDT invoquent l’effet négatif sur la compétitivité des entreprises.

Ensuite, diminuer les pensions. Mais personne ne veut prendre ce risque politique. Et les demi-mesures, comme le gel temporaire, ne rapportent pas beaucoup d’argent quand l’inflation est presque nulle.

Enfin, reculer l’âge de départ en retraite, décaler par exemple l’ouverture des droits de 62 à 64 ans. C’est ce que réclame le patronat, et c’est aussi ce que rejettent le plus fort les syndicats.

Tout ça m’a l’air bien bloqué. Les Français, eux, sont-ils plus ouverts aux changements ?

Pas vraiment. A en croire un sondage Odoxa pour FTI Consulting et Les Échos , 56% des Français sont opposés au recul de l’âge de la retraite, 64% à l’augmentation des cotisations, 85% à la baisse des retraites.

Un autre message est encore plus stupéfiant : ne touchez à rien, même si on va à la catastrophe. Car 57% des sondés estiment que l’Agirc et l’Arrco pourraient parfaitement faire faillite dans les prochaines années.

En résumé : le Titanic fonce sur l’iceberg, mais il ne faut surtout pas changer de cap.

On va donc droit à l’accident ?

Ça serait tout de même embêtant pour les millions de retraités et de futurs retraités.

Ça serait aussi embêtant pour les partenaires sociaux. Car l’Agirc et l’Arrco, c’est leur bébé, le seul dispositif de la protection sociale qu’ils pilotent de A à Z sans intervention de l’État. Une faillite éclabousserait forcément le Medef, la CGT, FO, la CFDT, la CGC. Les partenaires sociaux vont donc bricoler pour éviter cette déroute.

On évoque une décote temporaire – autrement dit, ceux qui partiraient tôt en retraite toucheraient une pension inférieure pendant deux ou trois ans.

A FO , on souligne aussi que les réserves restantes rapportent des milliards d’euros quand elles sont bien placées en Bourse. Les syndicats appelant le grand capital au secours des retraites par répartition : quel beau paradoxe !

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