EDF a publié hier ses résultats annuels, qui ont suscité des commentaires très alarmistes. La situation de notre électricien national est-elle inquiétante ?

Disons que le passé d'EDF est glorieux ; que le présent, ça va ; mais que son avenir est incertain. Cela semble bizarre de dire cela parce qu'on a l'impression qu'EDF, c'est du roc. En fait, les spécialistes savent depuis des mois qu'il y a de grandes fragilités, mais l'opinion au sens large le découvre, et c'est un choc. Alors, le présent, ça va : le chiffre d'affaires 2015 a progressé et le bénéfice a dépassé le milliard d'euros. Mais en même temps, EDF est sorti du CAC40 -c'est humiliant pour le premier producteur d'électricité au monde- et Jean-Bernard Lévy, son patron, estime que l'entreprise vit des troubles inattendus. La CGT parle carrément de faillite possible -comme Areva.

Que se passe-t-il ?

Des difficultés, tous les énergéticiens du monde en ont. La baisse du prix du pétrole, la poussée des renouvelables et le réchauffement provoquent un changement de modèle brutal. D'un côté, des entreprises, des particuliers, des pays, font des économies d'énergie, donc la consommation d'électricité stagne ; et de l'autre côté, il y a plus d'offre d'énergies, avec le solaire et les éoliennes. Résultat : une baisse des prix sur les marchés concurrentiels de 30 % - même si nous, on le voit pas, puisque les tarifs sont régulés pour les particuliers.

Il y a aussi une touche française qui fragilise EDF.

EDF est tellement pro-nucléaire -73 centrales- font que l'entreprise n'a pas vraiment poussé les feux sur le renouvelable qui va devenir moins cher que le nucléaire -même si les ENR sont très subventionnés. EDF a aussi perdu des parts de marché en France. Mais surtout, l’État actionnaire a été irresponsable en chargeant EDF d'énormes investissements ou en les laissant faire. Il attend qu'EDF valorise le nucléaire, mais baisse sa part dans la production d'électricité, sauve Areva, prolonge ses centrales, se diversifie, mais refuse -comme Ségolène Royal l'a redit hier- que les tarifs régulés remontent. En réalité, dans une vie politique de plus en plus courtermiste où 2017 est vu comme la fin de l'Histoire, il se révèle incapable de penser une entreprise à vingt ou trente ans. La situation n'est pas désespérée mais elle est triste.

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