Depuis quelques jours, les ports français sont perturbés, parfois bloqués, par des grèves. Cette fois-ci, l’enjeu est un accord sur la pénibilité et les départs à la retraite anticipés.

Vous avez bien raison de dire “cette fois-ci” ! Les grèves dans les ports constituent une information tellement banale, répétitive, que personne n’y prête plus attention. C’est dommage parce que les ports français, s’ils continuent sur cette voie et n’adoptent pas la réforme dont on parle depuis 1992 et votée en 2008, sont condamnés au déclin. A l’automne, les ports, surtout Marseille, avaient été paralysés pendant plusieurs semaines. Il s’agissait alors de la réforme des retraites et d’un point clé de la réforme portuaire : le transfert au secteur privé des activités d’exploitation des ports, les grues et leurs conducteurs, pour réaliser quelques économies. “Cette fois-ci”, c’est autre chose. Aujourd’hui, la CGT décidera ou pas de poursuivre les arrêts de travail pour exiger l’application d’un préaccord qui permettrait à plus de 5.000 salariés de partir en retraite, pour cause de pénibilité, quatre ans avant l’âge légal.

Un accord dont ne veulent pas Nicolas Sarkozy et le Gouvernement. Exactement ! L’union des ports français et les professionnels de la manutention (c’est le patronat) ont discuté pendant des mois avec les syndicats (en fait la CGT) pour aboutir à cet accord qui n’a cependant pas été formellement signé. Pour l’Elysée, il n’est pas question d’avaliser un texte qui pose deux problèmes. Un problème économique : cet accord aurait un coût important (140 millions d’euros), qui serait à la charge des ports, qui sont des entités publiques. En clair, le Gouvernement n’est pas loin de penser que le patronat et les syndicats se sont mis d’accord sur le dos (quelque part) de l’argent public. Mais un problème politique aussi : difficile d’envisager que le premier accord sur la pénibilité après la réforme des retraites ne repose pas sur le cas par cas comme prévu. Il prévoit aussi un départ anticipé à 58 ans, c’est-à-dire même en dessous de l’ancien âge légal de 60 ans. Le gouvernement propose deux ans au lieu de quatre.

Que peut-il se passer ? Un peu partout, des assemblées générales vont se réunir -au Havre, à Marseille et à Nantes, là où c’est le plus dur– pour arrêter la grève ou la poursuivre, en bloquant ou ralentissant le trafic marchandises. Les dockers sont évidemment parmi les plus ultra de la CGT qui ont obtenu au fil des ans un statut enviable avec des revenus conséquents et un temps de travail effectif d’une dizaine d’heures par semaine. Le problème est que les ports français sont en train d’être déclassés face à Barcelone, Rotterdam, Hambourg. En 1997, un million de conteneurs passaient par Le Havre, deux par Anvers. Aujourd’hui, c’est deux par Le Havre, mais huit par Anvers alors que le trafic maritime a explosé. A Marseille, un déchargement est infiniment plus long (en jours) qu’à Anvers (en heures). Les ports ne peuvent pas se permettre d’entrer une nouvelle fois dans un processus long de grèves.

Nicolas Sarkozy va-t-il tenir ? Hier soir, c’était le mot d’ordre. Ce combat est pour lui important. Je peux vous dire que quand on l’interrogeait en septembre sur les dix réformes qui resteront de son quinquennat, il citait la réforme des ports dans les toutes toutes premières.

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