On l’a appris hier, les prix des carburants ont battu des records la semaine dernière dans les stations-service.

Oui, et on va essayer d’être très exact, parce que c’est un sujet qui concerne notre vie quotidienne. Les prix des carburants ont battu des records, selon les statistiques officielles, mais il va falloir préciser ce que l’on appelle un record - record par rapport à quoi ? -. Et là, il y a une surprise. D’abord, les chiffres. Ils sont déprimants pour les automobilistes. Le sans-plomb 95 s’est vendu 1 euro 55 centimes le litre en moyenne la semaine dernière ; le sans plomb 98, 1 euro 59 centimes. A Paris, c’est 1,65 euro. Ce sont des niveaux jamais atteints, plus élevés qu’en 2008 et qu’au printemps 2011 quand le sujet avait été à la Une des médias. En revanche, pas de record pour le gazole, mais on n’en est pas loin. Voilà pour les relevés à la pompe.

Quelles explications à cette flambée qui peut surprendre avec une économie morose ?

Oui, on s’attend à ce que les prix du pétrole se détendent quand la demande de pétrole ralentit. Ce n’est plus vrai. Les tensions sur l’Iran font monter le baril. L’euro, en baisse, n’amortit plus ces hausses. Plus fondamentalement, deux éléments sont à signaler. Du côté de l’offre, les pays du Golfe ne cassent plus les prix parce que la peur du Printemps arabe les force à améliorer les conditions de vie de leurs populations. Du côté de la demande, les Occidentaux en général et les Européens en particulier ne font plus la loi. Ils ne sont plus « pricing maker » : la Chine, le Brésil vont bien et ont besoin de beaucoup d’énergies. Cela veut dire que quand l’économie va mal chez nous, nous ne pouvons plus nous rassurer avec une baisse du prix de l’essence.

Bon, si je traduis : on va droit vers le litre à deux euros ?

Le pronostic sur le prix du pétrole, c’est la météo en pire. Car les pays pétroliers ne peuvent pas non plus trop tirer sur la corde, sinon ils vont rendre rentables les énergies alternatives. Cela étant, il faut regarder ce que l’on appelle un record – j’en reviens à ce point. Les prix sont à un record exprimé en euros. Mais si l’on tient compte de l’inflation générale et des gains de pouvoir d’achat, la situation est différente. Regardons le coût du litre en minutes de travail. Il faut 10 minutes de travail au Smic pour acheter un litre de sans plomb 95 ; grosso modo, cela n’a pas bougé depuis vingt ans. Le gazole, lui, est à peu près stable. Si le litre touchait les deux euros, il faudrait 13 minutes de Smic, comme il y a trente ans. Les puristes feront une remarque supplémentaire : avec un litre, on fait plus de kilomètres qu’hier !

Je résume : c’est plus cher à la pompe mais on travaille moins pour remplir le réservoir…

C’est cela ! Dites-vous encore que vous êtes un bon citoyen puisque vous remplissez les caisses de l’Etat – 50 % du prix en taxes – et que plus les prix montent, plus les voitures électriques - sur lesquelles Renault mise gros – seront rentables. Je suis sûr que cela vous console !

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