Une question extrêmement simple ce matin : faut-il enterrer les constructeurs automobiles français ?

Non, il ne faut pas les enterrer mais l’un, PSA, a besoin de soins urgents et n’a pas trouvé le remède ; et l’autre, Renault, a attrapé une mauvaise grippe dont on se relève. Pour PSA, on le sait depuis des mois. Mais hier, on a appris que Renault a enregistré en 2012 la baisse la plus forte de tous les constructeurs en Europe : - 22%. Trois plus que la baisse du marché en général. C’est considérable. Mais avant de porter des jugements définitifs, il faut ausculter les malades. Parce que souvenez-vous qu’il y a trois ans, tout le monde portait PSA au pinacle parce qu’il produisait en France, et les politiques taclaient Renault. Ensuite, cela a été l’inverse. Maintenant, le jugement est sévère sur les deux. Essayons de porter un regard froid.

Alors, allons-y avec votre regard froid …

(Pas toujours froid !) La situation est en réalité d’une simplicité totale. Les constructeurs de haut de gamme s’en tirent bien ou très bien : BMW, Mercedes, Jaguar, Land Rover. Les constructeurs d’entrée de gamme, low cost (si vous voulez) s’en sortent aussi : Kia, Hyundai, Dacia. En revanche, les constructeurs généralistes de moyenne gamme souffrent énormément : Renault, PSA, Fiat, Ford, Opel. Tous, sauf un : Volkswagen, avec ses marques Volkswagen et Audi.

Et plus précisément les Français ?

Les deux Français ont un problème de gamme (en concurrence avec ce qui est au-dessous et au-dessus), on vient de le voir, mais ils en ont un second. Ils sont très présents en Italie et en Espagne, les pays du Club Med, ceux justement dont les marchés reculent le plus. En France même, les clients hésitent à acheter une Renault presque aussi chère qu’une Volkswagen alors qu’il y a une Dacia à côté.

Ces constructeurs peuvent-ils résister à un coup de torchon pareil ?

Les constructeurs qui peuvent contrebalancer leurs mauvais résultats en Europe par des meilleurs ailleurs, çà va. Fiat s’appuie sur Chrysler, Ford sur le marché américain. Du côté des français, Renault dilue ses risques en s’appuyant sur les résultats de Nissan en Chine et aux Etats-Unis, et de Dacia. Le vrai problème reste PSA, qui est seul, qui vient seulement de démarrer un partenariat avec General Motors, et dont l’essentiel des ventes se fait ici.

Du coup, comment s’adaptent-ils ?

Le plus rapide et logique, c’est d’ajuster les capacités de production, et donc les coûts, aux ventes. Garder des usines, cela coûte cher. Opel, Ford et PSA ont déjà annoncé des fermetures. Renault des suppressions d’emplois sans fermetures. Evidemment, cela fait très mal.

Ca, c’est le court terme ; et à moyen terme ?

Renault mise beaucoup sur la Clio IV et des crossovers. Dans l’attente de Zoe, la voiture électrique, en retard. PSA, c’est autre chose. L’entreprise perd 250 millions d’euros par mois. La situation semble inextricable. Un rapprochement avec Opel consisterait à allier deux malades. L’Etat finira-t-il par entrer au capital pour donner du cash, mais avec quoi ? Cela étant, on va finir sur une lueur dans le tunnel : les retournements, dans l’automobile, peuvent aller très vite.

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