L’édito éco, avec Jean-Francis Pécresse du quotidien « Les Echos ». On a assisté cette semaine à une radicalisation des conflits sociaux. Dans trois entreprises, Nortel, New Fabris et JLG, des salariés ont menacé de faire sauter des bonbonnes de gaz pour obtenir des primes de licenciement. Ce type d’actions va-t-il se multiplier ? Malheureusement oui, c’est très probable, même si les conflits durs de ces derniers jours et de ces derniers mois sont souvent le résultat d’une conjonction de facteurs bien particuliers. D’abord, beaucoup surviennent dans des filiales de groupes étrangers. C’est le cas aujourd’hui de Nortel, mais aussi de ce fabricant de nacelles élévatrices, JLG, qui dépend du groupe américain Oshkosh. C’était le cas, hier, de Continental, de Caterpillar ou encore de l’usine Sony de Pontonx-sur-Adour. Alors ce n’est pas que ces entreprises sous pavillon étranger respectent moins les règles du dialogue social à la française, mais assez loin de nos réalités, leurs dirigeants laissent souvent peu de marge de négociation à leurs directions locales. Et puis, nombre de ces conflits prennent corps dans des entreprises dont les difficultés ont commencé bien avant la crise. En somme, elles sont des épilogues dramatiques de tragédies industrielles. Qu’est-ce qui vous fait penser que cela va continuer ? Deux choses. D’abord, dans une crise classique, la priorité pour un salarié licencié, c’est retrouver un travail. Mais on n’est pas dans une crise classique. Cette année, l’économie française va détruire 700.000 postes. Pour beaucoup de gens, perdre son emploi, c’est perdre aussi l’espoir d’en retrouver un. Donc ceux qui se trouvent dans cette situation s’accrochent à ces indemnités de départ, ici 30.000 euros, là 100.000 euros. C’est le salaire de la peur et la peur peut pousser à toutes les extrémités, y compris menacer l’outil de production ou l’environnement. Alors, bien sûr, ces formes d’action ne sont pas nouvelles. On a encore en tête le précédent de Cellatex en 2000 et depuis, elles se sont multipliées. Mais ce qui est nouveau, et c’est aussi ce qui fait penser que cela va continuer, c’est que les salariés ont été décomplexés par les révélations sur quelques rémunérations excessives de grands patrons. Médiatiser des conflits aussi durs, au bout du compte, est-ce une bonne stratégie ? C’est une arme à double tranchant. Disons que c’est un calcul à court terme. C’est vrai que si l’on regarde l’exemple de Continental, on se dit que c’est payant. Les salariés français de Continental ont obtenu 50.000 euros, bien plus que les autres salariés du groupe. Mais une fois les caméras et les micros éteints, une fois l’entreprise fermée, beaucoup trouvent porte close ailleurs. Est-ce plus dur de se reclasser quand on a été au cœur d’un conflit très médiatisé ? Oui. Trois ans après la fermeture de l’usine Cellatex de Givet, moins de 40 des 150 ouvriers avaient retrouvé un CDI. Et en 2003, toujours, seuls 1.800 des 3.000 ex-salariés d’Airlib avaient pu se faire embaucher ailleurs. Le plus sûr, c’est encore de s’en remettre aux outils de reclassement qui existent et qui vont être étendus comme le contrat de transition professionnelle. Il va d’ailleurs être proposé aux ouvriers de New Fabris à Châtellerault. Ne pas céder au chantage du désespoir, c’est difficile mais c’est aussi privilégier des solutions plus structurelles, plus durables.

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