On le sait, le chômage est la première préoccupation des Français. L’OCDE, souvent décrit comme le club des pays riches, a publié hier son étude annuelle sur l’emploi. Qu’est-ce que vous en retenez ?

D’abord, quelques chiffres ; le chômage est loin d’être une exception française.

Dans les 34 pays de l’OCDE, on compte près de 50 millions de chômeurs. Ce chiffre a augmenté d’un tiers en cinq ans. Et cette montée fait exploser les inégalités.

Inégalités entre pays : le taux de chômage dépasse d’un côté 25% en Grèce et en Espagne et continue de grimper, tandis que de l’autre il va passer au-dessous de 5% en Allemagne et il reste aussi très bas au Japon, en Suisse ou en Norvège.

Inégalités entre générations ensuite. L’emploi des seniors résiste plutôt bien. Leur situation ne s’est pas plus dégradée que lors des récessions observées ces dernières décennies, alors que celle-ci a été bien plus profonde. En revanche, le chômage des jeunes galope. Inégalités de revenus enfin, entre ceux qui ont gardé leur emploi et ceux qui l’ont perdu.

Tout cela n’est pas très encourageant…Comment faire pour en sortir ?

Le meilleur moyen de lutter contre le chômage, c’est de créer des emplois, et le meilleur moyen de créer les emplois c’est de faire de la croissance.

Les experts de l’OCDE, longtemps accusés d’être un repaire de dangereux libéraux, ne disent pas autre chose. Ils écrivent que « La principale priorité doit être d’agir pour soutenir la demande globale». Ca pourrait être tiré de la fameuse Théorie générale de Keynes. Inutile donc de serrer encore plus la ceinture budgétaire.

Ensuite, il faut faire de la politique de l’emploi. Réduire l’écart entre les CDI et les CDD pour éviter d’avoir un marché du travail à deux vitesses.

Encourager les chômeurs à revenir sur le marché du travail, en leur proposant davantage de formation mais aussi en suspendant les allocations chômage pour ceux qui refusent plusieurs postes.

Mieux évaluer aussi l’efficacité des dispositifs comme Pôle emploi pour l’améliorer. Ici, il y a du boulot.

Et pour la France ?

Pour la petite histoire, l’OCDE ne prévoit pas d’inversion de la courbe du chômage fin 2013, contrairement aux engagements présidentiels, mais ce n’est pas vraiment une surprise.

Le plus frappant, à la lecture du rapport de l’OCDE, c’est autre chose. La France est un peu partout dans le milieu du peloton, sans dopage, sauf sur un point : quand on perd son emploi, c’est bien pire qu’ailleurs.

Un an après avoir été licencié, seulement un actif sur quatre a retrouvé un poste. C’est moins que dans tous les autres pays, sauf ceux en récession brutale. Les jeunes, les seniors, les peu qualifiés ont énormément de mal à retrouver un job.

C’est ici que se forme un vrai cercle vicieux. Pour éviter l’enfer de la chute dans le chômage, les salariés ont demandé et obtenu beaucoup de protections contre le licenciement; il y en a plus en France que chez la plupart de ses voisins.

Mais ces protections sont forcément coûteuses. Elles dissuadent les employeurs d’embaucher en CDI car ils craignent de ne pas pouvoir ajuster les effectifs si les ventes baissent.

Le CDI, qui devrait être la norme, devient du coup de moins en moins accessible, en particulier pour les jeunes. La précarité grandit, et les salariés demandent alors plus de protection.

Ce cercle vicieux, il faudra le casser.

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