L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____La Poste va changer de statut en devenant une société anonyme. Ce n’est pas une révolution, mais une évolution. Cela aurait été une révolution si le gouvernement était resté sur son idée initiale de transformer La Poste en société anonyme pour ouvrir ensuite son capital aux investisseurs privés. Là, avec la crise passée par là et la bagarre syndicale, le projet de loi indique que le capital restera à 100% public. Le cas est différent d’EDF et de France Télécom. En ce sens, il n’est pas révolutionnaire. Olivier Besancenot a trouvé un bon jeu de mot en dénonçant une « privatisation en recommandé », mais ce n’est pas exact à ce stade. Ce texte réitère aussi les principes du service public : le prix unique du timbre, la distribution du courrier six jours sur sept et le maintien des bureaux de poste - en langue de Bercy, on dit « la densité des points de contact ». Qu’est-ce qui change ? L’objectif est : 1 - d’apporter de l’argent à La Poste pour investir et 2 - lui permettre un jour de conclure des alliances. En 2011, la concurrence va être totale mais ce n’est pas cela qui inquiète le plus Jean-Paul Bailly, le patron de l’entreprise. Ce qui menace le plus l’entreprise, c’est le déclin de l’activité courrier, à cause d’Internet et de la crise, alors que c’est la moitié de son chiffre d’affaires et que ses coûts sont intouchables. Avec 200.000 salariés, c’est le deuxième employeur de France et ce n’est pas le courrier à J+2 qui allègerait ces coûts. La Poste est aussi très endettée et manque de moyens pour se développer. Un seul exemple : ses machines à trier le courrier font, paraît-il, pâle figure face à ce qui existe ailleurs. Et puis il y a la concurrence d’entreprises assez agressives, comme l’ancienne Deutsche Post, devenue la Deutsche Post World Net. Sans compter l’activité bancaire, où le monopole du Livret A a sauté. Bref, La Poste est attaquée de tous côtés. Quelle peut être sa stratégie ? Elle doit se muscler sur les créneaux porteurs. Il y a le créneau bancaire, l’image de marque de la Banque postale est bonne. Mais il y a surtout le créneau de la logistique, avec le secteur du colis et du transport express, qui représente 22% du chiffre d’affaires et qui a un bel avenir. Pourquoi ? A cause de la vente à distance et du commerce électronique, il faut transporter les marchandises achetées via Internet. A cause aussi du transport express, dont les entreprises raffolent quand il n’y a pas la crise. La Poste est présente dans ces domaines, avec Geopost, Chronopost, elle est au quatrième rang européen. Mais le problème est qu’il y a de la concurrence, UPS, Fedex, et qu’il faut développer des infrastructures, des avions, des plates-formes qui coûtent cher. Voilà pourquoi l’Etat et la Caisse des dépôts vont mettre près de 3 milliards d’euros sur la table. Cela suffira-t-il ? La Poste n’a pas le choix parce que la crise fragilise tout l’édifice. Son chiffre d’affaires représente moins de la moitié de celui de sa concurrente allemande. Mais après tout, l’exemple de France Télécom, qui était dans la même situation il y a dix ans et qui a superbement évolué, n’est pas mauvais. Et les salariés n’ont pas à s’en plaindre.

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