Le gouvernement a présenté hier sa réforme des retraites. Vous avez eu le temps de la regarder de près… Qu’en pensez-vous ?Qu’elle est courageuse, mais que cela va tanguer sec. Ce qui est sûr est que le projet est assez cohérent. Vous savez, les questions posées sont plutôt simples. Un : une réforme est-elle nécessaire ? Les déficits des régimes de retraite ne sont pas les seuls à apporter la réponse. Il suffit de regarder autour de soi et de voir que dans une famille où coexistent désormais quatre générations, souvent maintenant une seule travaille. Est-ce durable ? Non. Seconde question : peut-on allonger un peu la durée de vie au travail ? Là, c’est une étude de l’OCDE - évoquée par le magazine Challenges – qui rapporte que les citoyens des pays développés profitent en moyenne de leur retraite pendant 18 ans, contre 24 ans en France (qui est donc dans une situation atypique). Troisième question : est-ce la bonne réforme ? C’en est une en tout cas qui rétablit les comptes sans afficher un âge légal de départ (62 ans) extraordinairement élevé. Oui, mais est-elle équilibrée – c’est-à-dire, au fond, juste ?On peut toujours imaginer des curseurs différents – un peu plus de taxation par ci, un peu moins de mesures d’âge par là. Cela étant, 4 milliards d’euros de hausses de prélèvements dès l’an prochain (dès l’an prochain), ce n’est pas rien. Comme cela concerne les entreprises et les épargnants, personne ne dit rien. Si cela concernait les ménages, on entendrait des hurlements - au nom de la défense du pouvoir d’achat. La fin, par exemple, de l’exonération de taxation des plus-values boursières va concerner des millions de boursicoteurs. C’est un vrai tournant fiscal dans le quinquennat. Mais il faut se poser la question de la justice ailleurs aussi : par exemple, un salarié qui a 54 ans aujourd’hui partira en retraite à 62 ans mais les puissants conducteurs de la SNCF continueront à pouvoir partir à 50 ans jusqu’en 2017 (certes avec une pension réduite), ils passeront à 52 ans en … 2023 ! Vous disiez pourtant (au début de votre édito) que cela allait tanguer …Oui, et Nicolas Sarkozy s’y attend. Dans son esprit, si les dernières semaines se sont bien passées, cela ne va pas durer – et c’est normal puisque cette réforme « fait mal ». Elle fait mal parce qu’elle s’applique plus vite qu’on ne le pensait. Les salariés qui ont plus de 55 ans, et qui font leurs calculs, ont découvrent qu’ils vont devoir travailler un ou deux ans de plus. Le gouvernement peut certes dire aux fonctionnaires qui râlent contre la hausse de leur taux de cotisation retraite que les contribuables continueront à subventionner leur régime de 15 milliards d’euros par an, cela ne suffira pas à les convaincre. Bien sûr, un choix « violent » a été fait parce que la France est en retard et que les déficits, eux, n’attendent pas. Mais oui, Nicolas Sarkozy s’attend à ce que le 24 juin (prochaine mobilisation) soit chaud et que l’automne le soit. C’est pour cela qu’il ne dit rien, il se réserve pour plus tard. Le chef de l’Etat ne craint pas les manifestations ?Il assume cette confrontation parce qu’à ses yeux, l’opinion reconnaîtra qu’il a protégé le modèle social français de la faillite. Et derrière les retraites, il a en magasin une autre réforme : celle de l’aide aux personnes âgées dépendantes. Tout çà est risqué mais c’est un pari.

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