L’Afep et le Medef, les deux organisations patronales, ont publié hier un nouveau code éthique, avec des engagements sur les salaires des dirigeants de grandes entreprises.

Engagements qui sont intéressants et qui constituent un pas de plus dans l’encadrement des rémunérations des grands patrons. Evidemment, ça ne convaincra pas ceux qui voudraient que les salaires soient plafonnés par la loi à un, deux, ou trois millions d’euros –ou moins- mais c’est un mécanisme d’auto-surveillance qui n’existe nulle part ailleurs : on ne trouve cela ni dans le sport en général, le football en particulier, ni le monde du spectacle, là où il y a aussi de très gros revenus. La dernière version du code datait de 2008 et Laurence Parisot (Medef) et Pierre Pringuet, à la fois le patron de l’Afep, le club des grandes entreprises, et de Pernod-Ricard, sont allés le montrer vendredi soir à François Hollande. Le chef de l’Etat a semble-t-il donné son accord et son appui. Il y a trois semaines, le gouvernement avait renoncé à une loi, et il attendait cette autorégulation.

Concrètement, quoi de neuf ?

Concrètement, il y a deux avancées dans ce code. La première, c’est l’approbation par les actionnaires d’une entreprise cotée de la rémunération de ses dirigeants. Il y aura un vote et si le résultat de ce vote est négatif, le conseil d’administration devra en tirer les conséquences. Cette procédure de « say on pay » (se prononcer sur le salaire) existe en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, ailleurs aussi. Il est rare que les actionnaires disent non mais cela arrive quand l’entreprise a des mauvais résultats ou que l’abus est manifeste. Il y a quelques jours, le patron d’un très grand groupe britannique, WPP, a dû baisser ses revenus. Ce « say on pay », on en parlait depuis longtemps.

Deuxième point, la création d’un Haut comité de suivi...

Oui, une sorte de gendarme. Laurence Parisot et Pierre Pringuet, dans Les Echos , le disent comme cela : nous avions un code de la route, nous créons un gendarme. Une instance avec quelques patrons, des anciens patrons, des personnalités indépendantes, regardera comment tout ça se passe et fera des recommandations, elle pourra aussi s’autosaisir. Naturellement, les sceptiques diront : oui, mais dans le code de la route, ce ne sont pas les automobilistes qui choisissent les gendarmes ! Franchement, c’est à l’usage qu’on verra si ce comité comptera ou pas. Deux choses me paraissent plus significatives : l’idée qu’il y ait un salarié dans les comités de rémunération qui décident des salaires des dirigeants – ça ne va pas de soi ! – et le fait que le code indique les entreprises doivent tenir compte, quand elles fixent les salaires des patrons, des réactions possibles de l’opinion publique.

Au total, c’est un tournant ou de la communication ?

Honnêtement, il y a là tous les ingrédients d’un « big bang » – mais on verra à la pratique si la sauce prend. Pour Laurence Parisot, c’est en tout cas une fin de mandat en fanfare entre la flexi-sécurité amorcée dans l’accord avec les syndicats et avalisée par le gouvernement et cet encadrement de la gouvernance des entreprises.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.