Mardi Facebook dévoilera les détails de sa monnaie universelle : la Libra. C'est une cryptomonnaie, c’est-à-dire une monnaie numérique. Cela va-t-il changer la donne ? Oui.

La nouvelle monnaie Facebook
La nouvelle monnaie Facebook © Getty / luchezar

Cette "monnaie" constitue une étape de plus dans le développement du numérique  mais aussi dans l'évolution monétaire.

Ce type de monnaie va changer la donne monétaire, que ce soit Facebook qui la lance maintenant, ou un autre géant du numérique qui se mettra sur ce créneau demain (et bien sûr tout le monde pense à Amazon).

. Cette étape désintermédie, ubérise : elle contourne les intermédiaires, les banques en particulier. 

. Ensuite, elle dématérialise : on est passé des pièces de monnaie aux billets, des billets à l’argent en banque et, demain, ce sera dans votre ordinateur. 

. Et cette étape, enfin, c’est l’aspect le plus politique, peut décentraliser, la monnaie peut échapper aux banques centrales et aux pays. 

Reprenons et soyons concret. 

Facebook va créer sa monnaie qui permettra d’acheter en ligne, et surtout de faire des virements transfrontaliers, en s’appuyant sur son incroyable réseau, en clair les 2 milliards d’entre nous qui utilisons chaque jour ses applications : WhatsApp, Instagram et Messenger. 

Facebook a conclu un accord avec 27 entreprises, comme Visa, Mastercard, Uber, Spotify, EBay, Booking et un Français, le groupe de Xavier Niel, Iliad-Free. 

Vous pourrez acheter des Libra avec vos euros, et après, votre argent circulera quand vous prendrez un VTC ou vous achèterez chez des partenaires - et il y en aura de plus en plus. 

Cette cryptomonnaie est aussi difficile à imaginer que lorsque ont été lancées les cartes de crédit. La Libra ou des équivalents n’a en tous cas rien à voir avec le Bitcoin, dont le principe était la volatilité, parce que son cours sera un panier composé du dollar, de l’euro, du yen et de la Livre Sterling. Ce sera stable. 

C’est donc une révolution. 

Il est évident que Facebook cherche aussi à redorer son blason assez terni. Mais pour les virements transfrontaliers, il n’y aura plus les frais qu’imposent les banques

Il faudra voir si Facebook demande des licences bancaires et envisage de consentir des crédits.

L'histoire de la monnaie, depuis le Moyen-Age, a beaucoup évolué, et cela continue. Cette fois-ci, on peut voir ce développement comme un moyen pour les Américains de renforcer leur domination, ou au contraire comme une contestation des Etats et des banques centrales. Pour l'instant, cette monnaie privée ,e fait pas peur aux banques centrales aux yeux de qui elle reste un actif comme les autres.

Mais si cette seconde lecture s’impose et si la Libra (ou d'autres) gagnent du terrain, lesdits Etats auront un argument de plus pour s'attaquer à et casser Facebook.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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