Les chiffres gonflés aux stéroïdes annoncés tous les jours (milliards, dizaines et centaines de milliards d'euros) créent des attentes qui ne pourront être satisfaites. Que vont penser les soignants quand on leur annoncera un plan à 10 milliards ?

Milliards d'en haut et milliards d'en bas ... On pourrait dire aussi : quand les milliards d’euros tue les milliers d’euros. 

Il se passe un phénomène qui est en train de revenir en boomerang sur le gouvernement et les Français. Depuis des semaines, les pouvoirs publics  annoncent des enveloppes inouïes de soutien à l’économie : 17 milliards pour le tourisme, 8 pour l’automobile, 15 pour l’aéronautique. 

Emmanuel Macron a lui-même fait le total dimanche soir devant 24 millions de téléspectateurs : l’Etat a mis 500 milliards d’euros sur la table, a-t-il dit. 

Quant à elle, la Commission européenne propose un plan de relance à 750 milliards et la Banque centrale européenne en est à 1.350 milliards. Fermez le ban, c’est un vertige.  A chaque fois, l’objectif est bien sûr de rassurer (on tient le volant, on ne chipote pas) et de remettre du carburant dans le moteur. 

Sauf que personne n’explique que tous ces plans additionnent des choux et des carottes, des emprunts à rembourser, des garanties, des crédits budgétaires etc. Sauf que, surtout, ces sommes-là, stratosphériques, inimaginables au sens propre, remontent la barre partout. 

Que penseront les soignants des hôpitaux si on leur dit que le plan qui leur est destiné pèse 5 ou 10 milliards ? Ils diront : ce n’est rien. Ils diront : l’argent existe, la preuve. Même si la différence entre ce type de plan est que c’est de l’argent récurrent, à financer chaque année, à l’inverse de tout ce dont on a parlé avant. 

Quelles conséquences de ce décalage ? 

Un : refermer le tiroir-caisse sera difficile. 

Deux : pour ne prendre qu’un exemple, les caissières et caissiers de supermarché, qui entendent parler de ces centaines, de ces milliers de milliards, portent nécessairement un regard désabusé sur leur prime de 1.000 euros.

Quelle conclusion ?

Faire de l’économie aux stéroïdes anabolisants finit par être risqué. Dans la réalité, les 500 milliards dont parle le gouvernement sont en bonne partie des garanties de crédit aux entreprises, en parallèle avec l’argent « frais » apporté par l’Etat. Une plaisanterie court tout de même les ministères en ce moment. Celle-ci : avant le Covid, Gérald Darmanin, le ministre du Budget, demandait des explications à ses collègues et leur faisait les gros yeux au-dessus de 10 millions d’euros. Maintenant, à moins d’un milliard, cela ne l’intéresse plus, ce n’est même pas la peine de le déranger : c’est oui. 

Bon, avis aux amateurs, c’est une plaisanterie.

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