**Le gouvernement a donc publié hier ses orientations sur la réforme des retraites.Oui, et ce qui intéresse tout d’abord, c’est la méthode pas à pas choisie dans cette affaire, avec des étapes scrupuleusement respectées. Le plan s’étale sur trois mois, avec une montée en charge progressive. Avril était le temps de la pédagogie sur l’urgence à agir, avec la publication des prévisions catastrophiques (mais non contestées pour l’essentiel) de déficit si on ne fait rien – qui s’expliquent bien sûr par l’allongement de la durée de la vie. Début mai, il y a quelques jours, le Conseil d’orientation des retraites a chiffré l’effet d’un certain nombre de réformes (porter l’âge de la retraite à 63 ans, allonger la durée de cotisation à 65 ans etc.). Et il a montré que quoi que l’on fasse, cela sera insuffisant. Et puis voilà, hier, le gouvernement a publié ses orientations mais encore très générales. C’est doublement calculé. Il ne dévoilera ses vrais projets qu’en juin, après le congrès de la CFDT, et au début de l’été ; aujourd’hui, il reste assez flou pour, certes, donner du temps à la concertation ; Mais aussi pour essayer de ne pas donner de prise aux manifestations prévues le 27 mai par la CGT, la CFDT, la FSU, l’UNSA et Sud, qui ont plutôt raté leur rendez-vous du 1er mai. Voilà pour la tactique. Et sur le fond ?Le ministre du travail Eric Woerth, qui a rédigé le document avec Raymond Soubie, le conseiller social de l’Elysée, confirme en creux que l’âge légal de départ à la retraite sera relevé. Cela ne fait aucun doute. Mais cet aspect des choses disparaît presque derrière l’information qui fait la Une ce matin : la confirmation d’un prélèvement spécial sur les hauts revenus et les revenus du capital. Lequel prélèvement sera exclu du bouclier fiscal. Nicolas Sarkozy retourne ainsi la polémique sur la justice fiscale. L’opinion devrait y être sensible, surtout quand on saura que ce prélèvement (sur les ménages mais aussi sur les entreprises) représentera probablement – selon les schémas étudiés - plusieurs milliards d’euros. Pour la seconde fois après le financement du RSA, les prélèvements vont donc augmenter. C’est peut-être compréhensible face aux besoins des retraites, mais le discours sur la stabilité de la pression fiscale et sociale n’est plus fondé. C’est un vrai virage. Quoi qu’on en dise, le bouclier est percé et la stabilité des règles n’aura pas tenu plus de trois ans. On parle toujours du bouclier fiscal mais la France aurait besoin d’un bouclier légal ! Le document du gouvernement contient aussi quelques messages discrets…Que les yeux des spécialistes ont repéré très vite ! Il y en a un pour la CFDT : l’étude d’une réforme en profondeur du système de retraite à long terme vers un système par points n’est pas exclue. Il y en a un pour la CGT, très concernée : le gouvernement laisse entendre qu’il ne touchera pas aux règles propres aux régimes spéciaux (SNCF, RATP...). Les évolutions de ces régimes devront en tous cas respecter « le calendrier » de la réforme de 2007 – autrement dit, celui-ci ne devrait pas être accéléré. Il y en a enfin un pour tous les syndicats : le rapprochement des règles applicables aux fonctionnaires et aux salariés du privé est évoqué mais en quelques lignes et sans enthousiasme. Au total, un message convaincant ?Si on juge un projet au fait que les mécontents sont équitablement répartis, cela va marcher. Le gouvernement ne ralliera aucun syndicat à sa bannière ! Il va mécontenter les plus aisés (ce qui est toujours bien vu en France) et peut-être des classes moyennes. Mais c’est sûr que la crise grecque et européenne lui donne un coup de pouce qui n’était pas prévu.**

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