Réflexion sur notre métier de commentateur. Au-delà de l’affaire Strauss-Kahn, on ne peut qu’être frappé, ces derniers mois, par la multiplication d’événements, de chocs, dont la force symbolique est énorme, qui nous « sidèrent » et dont il est difficile d’évaluer à chaud les conséquences.

Pour ne prendre que ceux qui ont aussi des implications économiques (on ne parle donc pas de la mort de Ben Laden), il y a eu ce printemps arabe inattendu ; le séisme au Japon et l’accident de Fukushima ; la crise au Portugal et en Grèce ; la guerre en Libye ; et ce bouleversement à la tête du FMI qui provoque un tsunami politique en France. Ces événements n’ont rien à voir, certains sont réjouissants, d’autres pas, d’autres glauques. Mais ils invitent les commentateurs à prendre garde à trois risques, trois pièges : la précipitation, l’exagération et l’inattention.

Donc, d’abord, la précipitation. Le commentaire à chaud est encore plus délicat dans ces périodes troublées. Par exemple, hier matin, on a entendu que l’euro accusait le coup, baissait, face au dollar après l’arrestation de DSK. En fait, il a fini la journée en hausse, les marchés n’ont pas été affolés du tout. Autre exemple : il y a peu, on affirmait –y compris moi– que le litre d’essence à deux euros était pour bientôt pour des tas de raisons. Eh bien, le prix du pétrole baisse en ce moment... Il y a des erreurs d’analyse sur le vif plus lourdes. Quand le gouvernement américain, en septembre 2008, a laissé tomber la banque Lehman Brothers, la majeure partie des chroniqueurs ont applaudi (ceux qui ont fauté doivent être sont punis) sans deviner la catastrophe mondiale qui allait suivre. On est condamnés à décrypter à chaud, mais il faut reconnaître aussi les limites de l’exercice.

Deuxième tentation, deuxième risque, l’exagération ? Le nez sur le guidon d’un événement, on a du mal à en percevoir l’importance, on privilégie souvent le « disruptif » -ce qui change ou paraît changer la donne. Hier, le départ probable de Dominique Strauss-Kahn du FMI a provoqué beaucoup de commentaires sur l’aggravation de la crise de la zone euro. En fait, personne n’en sait rien. La seule chose certaine est que le talent de DSK manquera à la tête du FMI. Mêmes choses : après la crise financière ou au lendemain de Fukushima, on a entendu que tout allait changer, l’économie et le nucléaire. On en est pas là.

Dernier risque, l’inattention ? Ce qui menace le plus notre métier. L’oubli du droit de suite des événements. Là, deux illustrations. Un : l’ouverture égyptienne est une grande nouvelle, mais ce pays appelle actuellement le FMI à l’aide. Deux : on ne parle plus du séisme japonais, mais une de ses conséquences économiques est, on l’a appris hier, la perte de fabrication de deux à trois millions de voitures dans le monde cette année. C’est beaucoup !

Pourquoi cette autocritique ce matin ? Ni une autocritique ni une façon de prendre ses distances avec la culpabilité ou non de DSK mais les événements sont tellement forts, s’effacent tellement les uns les autres, qu’ils nous imposent, en économie comme en politique ou en justice, de l’humilité. Tout n’est pas écrit, l’imprévisible surgit partout. Attention aux certitudes définitives assenées.

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