Premiers commentaires sur l’équipe économique du nouveau gouvernement.

Deux visages la symbolisent : Pierre Moscovici, à la tête d’un grand Bercy (Economie, Finances, Commerce extérieur) ; et la surprise Arnaud Montebourg, au Redressement productif. Ce ne sont pas les seuls visages mais ce sont les plus marquants. Le premier est là pour rassurer les milieux économiques, le second pour assurer à gauche. Pierre Moscovici a déjà été ministre, c’est un européen convaincu, il parle anglais ; cela tombe bien parce que l’euro sera son lot et sa croix quotidienne. Finalement, il n’y a pas, dommage, de grand ministère transversal de l’Europe : Laurent Fabius a mis son veto. Donc, c’est Pierre Moscovici qui va gérer la crise grecque et le Traité budgétaire européen. Ce Traité, pendant la campagne, il parlait en « off » de le compléter, pas de le renégocier. Il s’occupera aussi de la réforme fiscale et des déficits - avec son ministre du Budget Jérôme Cahuzac, très compétent techniquement à défaut d’être toujours commode psychologiquement.

Pierre Moscovici, Jérôme Cahuzac, deux ex-lieutenants de DSK : une ligne sociale-démocrate ?

Oui, aujourd’hui on dit qu’ils sont partisans d’une politique de l’offre de gauche – un concept en construction. En fait, et comme Matignon avec Jean-Marc Ayrault, les ministères économiques sont sur cette ligne : l’expérimenté Michel Sapin à l’Emploi, Marisol Touraine aux Affaires sociales, Stéphane Le Foll à l’Agriculture. C’est une ligne disons hollando-strausskhanienne, réaliste. Les esprits malicieux relèveront qu’à l’Elysée, les questions économiques sont suivies par un jeune inspecteur des Finances venu de la banque Rotschild.

Et il y a aussi Arnaud Montebourg.

En charge du Redressement productif. C’est original de choisir un partisan de la dé-mondialisation et des frontières, un étatiste, pour le ministère des entreprises. Il est rapide et intelligent. En même temps, on imagine la rencontre entre lui et le dirigeant d’un groupe du CAC 40 : l’avocat enflammé expliquera vite au patron comment diriger son entreprise ! Bon, on verra ses vrais pouvoirs. Fera-t-il voter le texte obligeant les entreprises comme Arcelor à céder des usines en difficulté à des repreneurs agréés par la justice ou l’Etat ? Détail intéressant : Redressement productif, cela concerne l’industrie mais aussi les services, c’est une 1ère.

Mais au fond, ce qui importe, quand on nomme un gouvernement, ce sont les hommes ou les structures ?

Une lecture marxiste ? Non, écoutez, dans l’ordre, ce qui importe, c’est d’abord la cohérence d’une politique, est-elle en prise avec le réel ou déconnecté, ensuite les contraintes qui pèsent sur l’action ou qui forcent à l’action, ensuite les hommes et enfin les organisations. Pas de procès d’intention pour l’instant. Vous savez, dans les trois mois, on saura si l’équipe est au niveau vu la situation.

Dernier point, financier : la décision de baisser aujourd’hui de 30% le salaire des ministres et du président.

C’est amusant parce que mardi les salaires d’Angela Merkel et de ses ministres ont été augmentés de 5,7%, une première depuis 12 ans. Même dans les détails, le couple franco-allemand ne parle pas la même langue !

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