Une question simple ce matin : un Président doit-il parler à toutes les France ?

Emmanuel Macron au salon "Vivatech"
Emmanuel Macron au salon "Vivatech" © AFP / Philippe LOPEZ

On se posait la question hier en regardant Emmanuel Macron passer trois heures à Vivatech, le salon de la Tech (la technologie) organisé chaque année à Paris par Les Echos et Publicis. Il était comme un poisson dans l’eau, très à l’aise, dialoguant avec des créateurs de start-ups français, roumain, néerlandais et britannique. 

En français et en anglais, il parlait le langage des 5.000 personnes du monde entier qui étaient devant lui. Et de s'adresser aux Français : 

Soyez vous aussi conquérants comme les Chinois et les Américains

Bref, cela sautait aux yeux : ce monde lui ressemble, lui qui a ubérisé le système politique en 2017. 

Là, on était loin des ronds-points et des Gilets Jaunes qui ont monopolisé l’attention pendant des mois et l’ont obligé à débloquer 17 milliards d’euros en catastrophe parce que la colère des retraités, les difficultés des mères célibataires et le mal-être des classes moyennes avait été sous-estimé. 

Alors voilà, faut-il aussi parler à cette France-là, conquérante, sans devoir s’excuser ? 

Oui, un président doit parler à tout le monde, aux premiers et aux derniers de cordée. Car il est indispensable d’être aux côtés de l’innovation. Face aux Américains Google et Amazon, face aux Chinois Alibaba et Huawei, la France et l’Europe n’ont pour l’instant que leurs yeux pour pleurer. 

Et pour l’innovation, il faut beaucoup d’argent et d’encouragements, de coaching. La bonne nouvelle est que les start-ups ont levé 1,4 milliard d’euros depuis janvier, 72% de + en un an : la pelote de la french tech grossit, un géant finira peut-être par en sortir. 

Emmanuel Macron parle-t-il vraiment à tous les Français ? 

Si on regarde d’un point de vue strictement financier, le président a mis sur la table autant pour la hausse de la prime d’activité (3 milliards d’euros) que pour la demi-suppression de l’ISF. Les deux étaient dans son projet de 2017, mais l'augmentation de la prime d'activité a dû être accélérée. 

Les plus riches et les moins riches (certes plus nombreux !) sont donc à égalité, calcul de coin de table auquel on peut rajouter la suppression de la taxe d’habitation d’un côté, la baisse de la fiscalité sur le capital de l’autre. 

En revanche, il y a deux catégories de Français auxquels le gouvernement ne parle pas ou peu : les retraités plus aisés (lésés), les agriculteurs, et les PME ordinaires ou les commerçants-artisans. Il y a des mesures utiles dans la loi Pacte validée hier mais elles n’ont pas créé l’effet waouh qui fait qu’on en parle dans les dîners en ville et à la campagne.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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