Ce matin, vous évoquez les conséquences économiques du drame japonais. Mais peut-on au fond en avoir déjà une idée ?

Il faut distinguer ce qui relève du court terme et du décryptage de moyen long terme. A court terme, les mouvements de panique des marchés financiers ne signifient pas grand chose, sauf que, comme tout le monde, ils ont peur. A court terme, la seule certitude est, au-delà du coût inestimable des vies humaines perdues, le coût élevé des dégâts matériels du tremblement de terre et du tsunami. Le Japon perdra entre 2 et 4% de son PIB annuel. Ensuite, il y aura –c’est cynique de le dire– la reconstruction, qui apportera de l’activité. Mais cet impact sur le Japon sera bien sûr très supérieur si l’accident nucléaire a des effets que l’on commence à envisager : radiations, déplacements de populations, agitation. Là, on passe dans l’impensable. Bref, des inconnues mais le Japon va souffrir.

Et les conséquences à court terme sur le reste du monde ?

C’est plus clair. Elles devraient être limitées. A la différence de ce qui s’est passé après le 11 septembre 2001 ou après la faillite de Lehman en 2008, les événements japonais n’ont pas de raison de déclencher une récession mondiale. Le Japon représente 10% du PIB mondial, mais c’est un pays assez fermé. Il produit 20% de la haute technologie et il peut avoir ici et là quelques ruptures d’approvisionnement. Mais un effet économique majeur n’est pas vraiment attendu, même si quelques secteurs peuvent souffrir, comme le luxe français. S’agissant de la France, sa part de commerce avec le Japon est limitée, autour de 1%. Au total donc, pas d’affolement sur les effets directs chez nous.

Et sur les effets indirects ?

Ce qui frappe, d’abord, dans les évènements en cours, est qu’il existe en même temps et pour la première fois une crise sur deux des principales sources d’énergie de la planète : le pétrole et le nucléaire. Le printemps arabe et ses soubresauts dictent l’évolution des cours du baril. L’accident nucléaire au Japon aura des effets sur la filière atomique. Après les chocs pétroliers des années 1970, le nucléaire s’était développé. Après Three Mile Island et Tchernobyl, il y a eu le contre-choc pétrolier, le baril a plongé. Aujourd’hui, les deux énergies sont en crise et les alternatives ne sont pas prêtes.

Quel est le second décryptage que l’on peut faire ?

C’est l’ahurissante succession de cygnes noirs, selon le mot du philosophe Nassim Nicholas Taleb, en clair des événements improbables, des chocs, qui ont tous un retentissement mondial. 2008-2009 : crise financière historique

2010 : crise de la zone euro, affolements inutiles sur la grippe H1N1 et après l’éruption en Islande 2011 : crise dans les pays arabes, avec ses espoirs mais aussi ses déceptions (Libye) ; et donc aujourd’hui, drames (au pluriel) au Japon. Certains de ces événements sont dus à la mondialisation ; d’autres pas du tout ; d’autres encore à une erreur d’optique médiatique qui fait qu’on leur donne tous la même importance dramatique. Peu importe. A chaque fois, ces chocs brisent la confiance dans l’avenir, qui est vitale, et pas seulement pour l’économie. La terre est un village où seules les mauvaises nouvelles –et là elles sont vraiment mauvaises-font du bruit.

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