Le gouvernement va annoncer une hausse du point d’indice des fonctionnaires. Est-ce justifié ?

Cela dépend de l'endroit d'où on regarde. Du point de vue du Budget de l’Etat, c’est injustifié. Dépenser deux milliards d’euros quand les finances publiques sont dans le rouge à hauteur de 80 milliards, c’est étrange. Du point de vue des hôpitaux qui sont aussi en déficit, c'est étrange aussi. Comme du point de vue des collectivités locales, qui disent qu’elles n’ont plus un sou. Mais du point de vue politique, la justification est évidente à un an de la présidentielle. La ficelle a la taille de la Tour Eiffel ou d’un boa constrictor.

Mais du point de vue des 5,3 millions fonctionnaires ?

Ces dernières années, les fonctionnaires ont accepté des gros efforts sur leurs revenus, qui ont stagné ou peu progressé. Leur masse salariale, en tous cas pour l’Etat, a galopé bien moins vite qu’auparavant. Pour autant, focaliser le regard sur le seul point d’indice gelé depuis 2010 pour dire que le niveau de vie a reculé relève de l’imposture. A côté du point, il y a les avancements à l’ancienneté, les primes, l’indemnité de garantie de pouvoir d’achat (créée par Sarkozy) qui, justement, garantit le pouvoir d’achat. Il y a enfin la revalorisation des grilles de carrières négociée par Marylise Lebranchu (la PPCR) qui entre vigueur jusqu’en 2020 et coûtera 5 milliards d’euros par an !

Au total, l'un dans l'autre ?

Selon l’Insee, le pouvoir d’achat des personnes en place a toujours augmenté ces dernières années. Peu mais a augmenté. Au passage, un scandale doit être dénoncé : en mars 2016, les dernières informations que l’on a sur les rémunérations des fonctionnaires concernent 2013. C’est fou !

Donc, je repose ma question globale, justifié ou pas ?

Non, braquer les feux sur le point d’indice ne l'est pas. Pendant des années, pour compenser le gel du point, il y a eu des réformes plus structurelles et coûteuses afin d'avoir une gestion plus fine des carrières. C'était intelligent. Il faudrait même bien davantage tenir compte de l'implication, de l'assiduité individuelles des agents des services publics -ce ne sont pas des gros mots. Là, on revient au facile et au visible. Pour finir: à Radio France, il n’y a pas de fonctionnaires mais il y a un point d’indice qui est gelé depuis 1997, ce qui n’empêche les rémunérations d’augmenter, heureusement.

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