L'industriel américain réalise un strike, comme on dit au bowling. Champion de la vaccination aux Etats-Unis, il a rattrapé ses retards de livraison en Europe. Par contraste avec AstraZeneca, son image est intacte. Mais son partenaire allemand BioNTech, l'inventeur de l'ARN Messager, veut voler de ses propres ailes.

Le sans faute de Pfizer
Le sans faute de Pfizer © Getty / Marcos del Mazo/LightRocket

Le strike, chacun connaît cela, c’est le meilleur geste au bowling, renverser les dix quilles d’un coup. On peut dire que l’industriel Pfizer, dans cette course aux vaccins et cette bataille planétaire, en sort pour l’instant grand gagnant. Par ses propres succès, mais aussi bien sûr par contraste avec les difficultés de son grand concurrent AstraZeneca – dont on espère une sortie rapide du purgatoire européen dans lequel il est tombé lundi. L’industriel américain, lui, vend le principal vaccin déployé aux Etats-Unis et il a tourné la page de ses retards de livraison en Europe. 

Ses deux usines mondiales de Kalamazoo (dans le Michigan) et de Puurs (en Belgique), tournent à fond, et l’objectif est désormais de produire 2,4 milliards de doses cette année, et bien davantage en 2022. La nouvelle technologie qu’il utilise, l’ARN Messager, s’impose et il domine tellement le marché en ce moment qu’honnêtement on ne voit pas comment le Français Sanofi, pour ne citer que lui, trouvera un jour sa place sur cette technologie ARN -même si son vaccin sort enfin. Le concurrent Moderna reste quant à lui plus petit. Bref, à court terme, c’est-à-dire ces jours-ci, Pfizer est le grand champion. 

Mais son partenaire BioNTechn veut exister

Voilà ! Et plus qu’exister ! C’est la biotech allemande qui a inventé le vaccin, et on l’oublie, qui détient les droits de commercialisation. Pour l’instant, avec Pfizer, ils se partagent les rôles en fabriquant chacun environ la moitié du principe actif puis en faisant appel à des sous-traitants un peu partout. Mais au-delà de son site déjà existant, BioNTech est en train d’ouvrir ces jours-ci sa propre usine en Allemagne, à Marburg. 

Et ses deux dirigeants conquièrent leur autonomie. Ils viennent enfin de finaliser une alliance, au-delà de Pfizer, avec 13 industriels pour rehausser les capacités de production avec des sous-traitants haut de gamme– dont les sociétés Novartis, Merck et Sanofi comme on le sait. 

Là encore, cela changera la donne industrielle. Au total, le monde, qui franchira demain la barre des 400 millions d’injections de doses toutes marques confondues, croulera dans quelques mois sous les vaccins. Alors, quel est à moyen terme l’enjeu pour les industriels ? Mettre au point les générations suivantes de vaccin, la V2, la V3, la V4, à chaque fois avec des volumes de production totalement inédits et donc dans la durée. Et là on aura besoin de tous les industriels.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter