L'Edito éco de Dominique Seux des "Echos". __ Quel bilan peut-on faire de la réunion des vingt puissances économiques mondiales, le G20, samedi à Washington ? Cette réunion était organisée pour parler de la situation économique et réformer la finance mondiale après la crise qui a failli nous conduire au bord du gouffre - même si l'événement a été un peu éclipsé par le congrès du PS ! Alors, une première réaction ? Eh bien, la réaction spontanée, c'est plutôt de la déception. En pleine crise, avec la récession en Europe, confirmée vendredi sauf pour la France, avec les Etats-Unis qui ont d'énormes difficultés, leurs banques, leur automobile, et même American Express qui tend la sébille à l'Etat, avec tout cela, on aurait été séduit par un sommet avec davantage de souffle historique. Peut-être des initiatives très fortes, très visibles pour l'opinion, applicables très vite. Peut-être même un mea culpa des pays qui ont laissé faire. Voilà, cela, c'était un peu un rêve. Un rêve guère raisonnable ni rationnel. La réaction rationnelle, elle, est positive. On oublie un peu vite deux choses à propos de Bretton Woods, la conférence de 1944 qui a mis en place le système monétaire et financier de l'après-guerre, qui était un peu le modèle de celle de samedi. D'abord, qu'elle avait été préparée pendant deux ans. Imaginer qu'on puisse inventer de nouvelles règles en quelques jours est illusoire. Ensuite, Bretton Woods a donné les clés de la maison « économie mondiale » aux Etats-Unis parce qu'ils avaient gagné la guerre et dominaient tout. Aujourd'hui, le pouvoir se partage et des compromis sont nécessaires. D'ailleurs, la photo de famille du G20 marque le nouvel équilibre des puissances. C'est déjà historique. Pour l'anecdote, le président chinois, Hu Jintao, après Washington, est cette semaine au Costa Rica, à Cuba et au Pérou pour signer des accords économiques. Sur les résultats au fond de ce G20, il y a des prises de position assez fortes. Le G20 a affirmé son soutien à l'économie de marché, mais aussi que la finance a besoin de règles. Ils se sont engagés à ne pas prendre de mesures protectionnistes : souvenez-nous, dans les années 1930, ce type de mesures avait accéléré la crise et la guerre. Donc, il y a une doctrine qui s'élabore. Tout sera dans l'exécution et les modalités de ce plan. Les chefs d'Etat ont parlé de surveillance des banques, des paradis fiscaux, des rémunérations aussi. Il y a bien sûr des divergences, les Américains n'ont pas voulu entendre parler d'un organe mondial de supervision de la finance, qu'espéraient les Français. Bon, il y aura un collège de superviseurs - ça va prendre du temps. L'autre message du sommet, c'est que tous les chefs d'Etat qui représentent 85% du PIB mondial, sont d'accord pour soutenir l'activité avec des mesures de relance. Evidemment, l'Europe et les Etats-Unis attendent que la Chine, l'Arabie Saoudite, d'autres, les aident d'une certaine manière. Donc, sur tout ça, il y a des promesses. Ce sommet n'a pas accouché d'une souris, mais d'un pari, d'une boîte à outils ! Ce sommet, c'était aussi un passage de témoin. De Georges Bush à Barack Obama bien sûr, qui honorera ou pas les promesses. Nicolas Sarkozy, lui, qui est l'initiateur efficace de ce sommet, ne sera plus président de l'Europe lors du prochain, en avril. Il sera remplacé par le président tchèque. Par ailleurs, c'est Gordon Brown, le britannique, qui présidera le G20 et l'Italie, le G8. Donc, le contexte va changer aussi. Mais la France aura quand même une continuité, avec Dominique Strauss-Kahn au FMI qui a été assez discret ces derniers mois et qui a là, une opportunité extraordinaire de déployer ses talents et d'écrire les motions dont il a été privé à Reims !

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