La France a un rendez-vous financier important aujourd’hui : elle va lancer, dans un contexte très lourd, un emprunt sur les marchés.

Paris est dans une situation délicate sur trois fronts qui paraissent peut-être confus à ceux qui ne les suivent pas heure par heure. Le premier, ce sont les conditions dans lesquelles le Trésor français va lever un emprunt, le dernier de l’année, de 8 milliards d’euros. Sur le marché obligataire, les taux d’intérêt demandés à la France ont flambé et l’écart (le « spread ») avec les taux allemands, près de deux points, est le plus important depuis vingt ans. En clair, quand l’Allemagne emprunte à 1,8%, la France le fait à 3,7%. En soi, ce taux n’est pas l’Himalaya, il est modéré, mais avant l’été, l’écart était quasi nul. Or chaque point en plus pèse 3 milliards d’euros en plus pour le Budget ! Le trio qui veille cela comme le lait sur le feu, Fillon, Xavier Musca (à l’Elysée) et Baroin, (ce trio) se ronge les ongles.

Et le second front ?

La France s’évertue à convaincre les marchés que ces taux d’intérêt sont injustifiés. Mais si les investisseurs sont si exigeants, c’est qu’ils ne sont plus rassurés à 100% sur la dette. Car la France est le pays dont la situation budgétaire inquiète le plus dans le club sélect du triple A - qui ne compte que 14 membres dans le monde. Pourquoi ? Parce que, depuis toujours, elle promet beaucoup et tient peu. Du coup, le gouvernement affiche urbi et orbi ses efforts de rigueur : presque 30 milliards d’euros en 2012, dont 13 d’économies et 16 d’impôts nouveaux. Voici le second front sur lequel Paris se bat. Le problème est qu’il semble que les plans de rigueur qui se suivent n’impressionnent plus personne, c’est une solution globale européenne qui est attendue.

Le troisième front est donc ... européen ?

Oui, et politique. Paris prie littéralement pour que la Banque centrale européenne prononce une phrase : les taux souverains dans des pays bien gérés ne doivent pas dépasser X% ; sous-entendu, sinon j’achète la dette, je la « monétise » (en termes techniques). Cela stopperait net la contagion. Le monde entier attend cela. Mais la Bundesbank et son patron, Jens Weidmann, se feraient tuer plutôt que de l’accepter, craignant l’inflation. Et Angela Merkel refuse pour l’instant de faire pression sur lui. Au G20 de Cannes, un Obama étonné et choqué a demandé à la chancelière, devant témoins, pourquoi. « Je ne peux pas », a-t-elle seulement répondu. Dans la vision allemande, les coupables de laxisme budgétaire doivent payer, sinon c’est trop facile. Quitte à provoquer la récession.

Que peut-il alors se passer ?

La question est de savoir si la BCE, gardienne de l’euro, veut que l’histoire se termine bien ou pas. Si Paris et d’autres réussiront à isoler la Buba. Ou si la BCE se ralliera à la meilleure solution mais trop tard. L’autre solution serait une accalmie miracle sur les marchés, qui permettrait aux Etats d’accélérer leur intégration. Ce n’est pas, non plus, le plus probable. Alors ? Alors, on attend, en espérant qu’un des trois fronts va tenir.

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