François Hollande a annoncé hier des dépenses nouvelles pour la sécurité des Français. Est-ce un problème économique ?

Non. Dans ces circonstances il est logique d'ouvrir les cordons de la bourse de l’État. De même qu'il était cohérent de soutenir l'activité au moment de la récession de 2008, il est rationnel d'accroître les moyens de la police et de la Défense -dès que cela apparaît nécessaire aux experts. Ajoutons que l'amélioration des ressources de la Justice s'impose de toute façon : elle est notoirement en pénurie -c'est la vieille méfiance du pouvoir exécutif contre le pouvoir judiciaire. Au total, les annonces de François Hollande portent sur 17.000 postes d'ici 2019, c'est une enveloppe d'un gros milliard.

C'est normal, dites-vous. On vous a connu plus exigeant sur la question des finances publiques, non ?

Attendez ! Ce qui est discutable dans le discours du chef de l’État, c'est la façon dont il l'a justifié. Je cite : le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité. Le Pacte de stabilité, c'est l'engagement des pays européens à respecter un certain niveau de déficit public. Etonnante phrase qui donne le sentiment de s'asseoir sur nos engagements. Car, ou le but très politique est de faire avaler à la gauche de la gauche les mesures sécuritaires en échange d'un gage sur la politique économique. Ou c'est un pied de nez verbal et curieux à nos voisins et surtout aux Allemands qui se disent depuis hier : ah ces Français ils ont toujours une bonne raison d'avoir un déficit élevé -au 18ème rang sur 19 dans la zone euro.

Mais n'y-a-t-il pas toutes les raisons de se moquer de la question des finances publiques en ce moment ?!

C'est tentant. Mais on peut se dire aussi que si des économies ont été faites depuis dix ans sur les fonctions régaliennes, du coeur de l’État (droite et gauche confondues) c'est certes parce que le monde n'est pas celui que nous avons cru. Mais aussi parce que collectivement nous sommes allés au plus facile -la Défense, la police- , plutôt que de faire suffisamment les réformes des retraites, du logement, de la sphère publique, etc.. Insuffisance qui a nourri nos déficits. Il n'y a pas de quoi être fier.

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