Sur les retraites, Emmanuel Macron semble prêt à donner du temps au temps. C’est un plan B qui s’esquisse dans un document confidentiel qui vient d’être transmis aux partenaires sociaux et qu’a dévoilé hier ma consœur des Echos, Solveig Godeluck.

Emmanuel Macron, président de la République
Emmanuel Macron, président de la République © AFP / LUDOVIC MARIN / POOL

Ce document ouvre la porte à un étalement de la réforme sur une durée encore plus longue que prévu jusqu’à maintenant. Soyons précis. 

Qu'est-ce que cela veut dire ? 

En juillet, le grand apôtre du dialogue social qu’est Jean-Paul Delevoye avait écrit que la réforme s’appliquerait, à partir de 2025, aux seuls Français nés après 1962. En clair, tous ceux qui ont aujourd’hui 57 ans et plus ne sont pas concernés. L’application était plus tardive pour les salariés bénéficiant d’un droit à un départ anticipé, comme les policiers ou les conducteurs de trains. Pour ces derniers, la réforme ne s’appliquera qu'à ceux qui ont aujourd'hui moins de… 47 ans. 

Jean-Pierre Delevoye soumet à la concertation deux nouvelles possibilités : reculer un peu plus loin encore le moment de la bascule vers la retraite à points, voire l’appliquer -c’est écrit noir sur blanc- aux seuls nouveaux entrants sur le marché du travail, ceux qui commencent à travailler. C’est ce qu’on appelle la clause du grand-père, que l’on évoquait ici il y a dix jours et dont l’effet serait une entrée en vigueur d’un nouveau système de retraite sur des dizaines d’années. 

Quel est l'objectif du gouvernement ? 

L’objectif du gouvernement est limpide : faire en sorte, alors que les syndicats annoncent leur mobilisation à partir du 5 décembre, qu’un grand nombre des salariés des régimes spéciaux ne soient pas eux-mêmes, personnellement, concernés par la réforme et soient du coup moins remontés. Mais on imagine que la fonction publique demandera à suivre. Et pourquoi pas alors aussi les salariés du privé ? Ce serait un recul ? Un recul, pas forcément un retrait. 

Emmanuel Macron est obligé de constater que le climat politique et social est plus tendu qu’il l’imaginait – "gilets jaunes", hôpital, RATP, etc. Richard Ferrand et Edouard Philippe ne sont pas non plus enthousiastes sur cette réforme de toutes façons. Enfin, l’opinion publique, qui a d’abord acheté l’idée d’équité et d’universalité d’un nouveau système, s’inquiète de sa complexité et craint d’y perdre. Et sur le fond ? L’idée d’un étalement ne choquera personne, à condition que l’ambition d’une plus grande équité ne soit pas enterrée et qu’il ne s’agisse pas d’une retraite en rase campagne qui se terminerait tout bêtement par un report de l’âge de la retraite pour les seuls salariés du privé et les fonctionnaires « ordinaires ».

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