L'édito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Nouveau coup de théâtre cette nuit pour la finance mondiale après une journée très chaude hier. D'abord une journée en pointillé, d'attente hier, après le lundi noir. Hier, après Lehman Brothers, le domino bancal était l'assureur AIG, plus important encore puisqu'il a 116.000 salariés et 74 millions de clients. Eh bien, ça n'a pas manqué. La planète finance n'a eu d'yeux toute la journée que pour ce géant dont la faillite aurait été une vraie catastrophe. Cette nuit, le Trésor américain a fait un virage à 180° et a décidé de sauver AIG en lui consentant un prêt de 85 milliards de dollars sur deux ans. L'Etat détiendra 79,9% du capital de l'assureur, il en devient donc propriétaire. On comprend mieux pourquoi les pouvoirs publics ont lâché Lehman Brothers. Ils savaient qu'il faudrait s'occuper d'AIG, plus important. On a envie de leur dire dire bravo. Mais il ne faut pas sous-estimer les débats politiques qui vont naître sur cette intervention inouie, absolument inédite. Les deux candidats regardent de près parce que cet argent de l'Etat, ils en ont besoin. Naturellement, les marchés ont rebondi cette nuit. Mais on se demande à qui le tour. Conséquences de tout ça sur l'économie réelle en France ? L'économie réelle, c'est-à-dire la croissance, l'emploi, les revenus, qu'on oppose à l'économie virtuelle, la finance, les marchés. En réalité, l'opposition n'a pas de sens parce que les conséquences de ce qui se passe seront bien réelles. Au fond, quels sont les canaux de transmissions entre la faiblesse des banques et l'économie de tous les jours ? Le premier, c'est le crédit, les banques françaises ont plus de mal à se financer, les taux augmentent pour les particuliers - l'immobilier déjà - et les entreprises. Deuxième levier, c'est tout simplement l'activité dans un monde où tout le monde commerce avec tout le monde. Le ralentissement chez eux, aux Etats-Unis, pèsera chez nous. Troisième levier, impalpable, la confiance. Quand elle est là, on consomme, on investit. Quand elle n'est pas là, non. Que disent justement les entreprises sur leur activité ? Cet été, quand elles ont présenté leurs résultats du premier semestre, ils étaient bons. Mais il semble qu'il y ait eu, surtout pour les PME, une sorte de cassure au mois de mai-juin. Des investissements sont reportés. C'est ce qu'a dit Laurence Parisot, la patronne du Medef hier, qui n'a pas l'habitude d'être pessimiste, et c'est ce qu'on entend. Et puis des secteurs vont particulièrement mal, comme l'immobilier. Que disent les économistes ? 16 d'entre eux, les principaux économistes privés français, vont transmettre leurs prévisions de croissance à Christine Lagarde aujourd'hui ou demain. Franchement, ce n'est pas très rose. Véronique Le Billon, journaliste aux "Echos", a fait le calcul. Cela va, pour l'an prochain, de 0,5 à 1,3%, avec une moyenne de 0,8%, après 1% cette année. Il n'y a pas de quoi sauter au plafond. Comme la plupart des économistes travaillent dans des banques, on peut juste se dire qu'ils voient un peu la vie en noir en ce moment. En tous cas, ce chiffre est inférieur à ce qu'affichera le ministère des Finances officiellement, une fourchette de 1 à 1,5%. Difficile de savoir qui a raison. Bercy a plus d'ordinateurs, mais il est obligé de faire un peu de méthode Coué aussi. En tous cas, ce chiffre n'est pas neutre, parce qu'on sait qu'en dessous de 1% de croissance, le chômage risque de remonter. Et là, on est pas dans l'économie virtuelle, on est dans le réel. Donc, ce chiffre de 0,8% est à retenir.

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