Ce matin, questions sur un éventuel printemps européen.

Un printemps en automne : c’est LE débat, LA question qui agite les milieux économique et politique européens et français. Le pire est-il passé depuis que la Banque centrale européenne a déployé son bouclier anticrise il y a dix jours et que la Cour constitutionnelle allemande a donné son accord aux plans de sauvetage mercredi dernier ? Dit autrement et de façon plus triviale, le fond de la piscine a-t-il été touché et l’économie ne peut-elle que remonter, les choses aller mieux au fur et à mesure que les acteurs économiques vont se rassurer ? C’est une idée tentante et François Hollande et son proche et avisé ministre Michel Sapin y croient : l’horizon va se dégager et 2013 sera moins dur qu’on ne le croit. C’est une idée tentante, séduisante, qui a des arguments pour elle mais hélas trop optimiste. C’est plus un été indien qu’un véritable changement de saison.

Commençons par les arguments optimistes.

Les marchés ! Ils croient à la fin de la crise financière. New York est au plus haut depuis la fin 2007, les places européennes depuis un an et Paris depuis mars. La promesse de la BCE de racheter de façon illimitée la dette a eu un effet direct : les investisseurs ne veulent plus jouer contre elle, parce qu’ils craignent de perdre leur chemise ; par ailleurs, l’union bancaire avance, le lien entre les banques et les dettes souveraines sera peut-être coupé demain. Les taux italiens et espagnols ont baissé et la France s’engage sur les déficits et on reparle de projet européen pour l’avenir. Voilà ce que l’on peut dire pour le verre à moitié plein, ce qui nourrit un changement d’état d’esprit depuis quelques jours.

Mais il y a aussi les arguments plus pessimistes.

En Europe et, c’est peut-être plus nouveau, ailleurs. Ici, les Etats de la zone euro restent hyper-endettés et l’on ne voit pas vraiment ce qui soutiendrait la croissance, surtout avec des hausses d’impôt partout. La zone euro reste un puzzle dont les pièces s’emboîtent un peu mieux, mais c’est toujours un puzzle avec dix-sept politiques économiques et fiscales, dix-sept dettes et dix-sept opinions publiques différentes. Et puis, il y a le reste du monde. Car la nouvelle de cette rentrée, que l’on perçoit encore mal, est que les pays émergents vont moins bien. Un cycle d’extraordinaire expansion est peut-être en train de se fissurer. Les prévisions de croissance pour le Brésil sont de 2% cette année ; la Chine est passée sous les 8% pour la première fois depuis 1999. C’est beaucoup mais 1- il y a un doute sur la crédibilité des statistiques officielles 2 - les tensions sur les prix, les capitaux et l’immobilier se doublent de tensions politiques féroces dont certains experts disent qu’elles sont aussi fortes qu’en 1989, juste avant Tien An Men.

Votre conclusion ?

En octobre-novembre, il y aura non seulement l’élection américaine, mais aussi le renouvellement décennal du pouvoir chinois. Cela veut dire beaucoup de flottement et d’attentisme mais aussi que l’attention sera moindre sur l’Europe. C’est ce qu’il faut souhaiter.

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