Le titre de votre édito : la difficile crédibilité de la parole publique.

Oui, les efforts désespérés du gouvernement pour nous convaincre de la réalité de la pause fiscale depuis quelques jours sont amusants, pathétiques et suscitent en même temps de la compassion. Amusants parce que chaque Français est devenu un spécialiste ès fiscalité, fait ses petites ou grosses additions, un zeste de TVA ici, une pincée de cotisation retraite par ci, une once de réduction d’impôt supprimée par là ! Pathétiques parce que ce discours n’est pas crédible quand pour certains ménages, les hausses d’impôt cette année et l’an prochain seront de l’ordre de 20, 30 ou 40%. Mais cela suscite en même temps de la compassion parce que si l’opinion ne reprend pas confiance, il n’y aura pas de reprise de l’économie. D’où la méthode Coué à répétition. Vous savez à quelle musique cette affaire de pause fiscale fait penser ?

Non, dites-nous !

A un opéra, Aïda, de Verdi, le chœur des soldats entonne « marchons, marchons, marchons », mais ils ne bougent pas d’un millimètre. Et bien là, c’est le contraire. On répète « pause, pause, pause », mais les impôts continuent de marcher !

Et Les Echos annoncent une nouvelle hausse ce matin.

Cette fois, il s’agit du bonus-malus automobile qui allège ou renchérit le prix d’une voiture neuve en fonction de son niveau de pollution. Le gouvernement va durcir le malus, qui concerne 15 à 20% des immatriculations. Pour l’achat d’une Porsche Cayenne, le malus passerait de 6 à 8.000 euros. Là, ça concerne peu de monde, mais des petites voitures seront touchées aussi. C’est le supplice du goutte à goutte fiscal.

Le problème est que cette perte de crédibilité de la parole politique est plus générale.

Elle ne date pas de ce gouvernement. C’est comme si les responsables politiques se croyaient jugés sur leurs annonces et non pas sur leurs résultats. Alors que dans la vie ordinaire, celle d’un chef d’entreprise, d’un médecin, d’un enseignant, ce sont les résultats qui comptent. Le problème en politique, est que c’est vrai : le débat public a lieu la plupart du temps sur les annonces, les intentions, pas les résultats. Sur les retraites, combien de fois a-t-on entendu : c’est la dernière réforme ? Au moins trois. Sur les finances publiques, combien de fois a-t-on entendu que les déficits seraient réduits ? Il y a un an, le gouvernement jurait croix de bois croix de fer que le déficit public reviendrait à 3% du PIB cette année. Il dépasse 4%. Sans parler du chômage.

Les politiques sont donc des menteurs ?

Non. Mais ils savent depuis longtemps que leur influence sur les événements est limitée ; du coup, pour eux, dire, c’est agir, et agir c’est dire. Ils pensent surtout que dire la vérité est très risqué, Raymond Barre, il y a 35 ans, n’a pas tenu longtemps. Du coup, contrairement à Gerhard Schröder, contrairement à David Cameron, les dirigeants français, au pays du verbe qu’est la France, nous se raccrochent à des promesses chiffrées comme des naufragés à une bouée. Des promesses auxquelles ils sont les seuls à croire alors qu’on en demande pas tant.

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