Le gouvernement a calé hier son scénario économique pour la fin 2020 et 2021. Il a présenté les grandes lignes de son projet de loi de finances pour l’année prochaine, exercice rituel des mois de septembre. Rituel, mais totalement hors-normes bien sûr.

Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances © AFP / Ludovic MARIN

A la tête de Bercy, Bruno Le Maire prévoit désormais que la récession sera de 10% cette année – c’est évidemment un record en temps de paix et avec ce chiffre il se montre (légèrement) plus pessimiste que l’Insee, la Banque de France ou les économistes privés. Mais le gouvernement est aussi (légèrement) plus optimiste qu'eux pour le rebond de 2021, qu’il voit à 8%. 

-10, 8 : le retour à la normale n'est pas attendu avant 2022. 

Le gouvernement ne se hasarde pas à un pronostic sur le taux de chômage, mais sur l’ensemble de cette année, ce sont 800 000 emplois salariés qui seraient détruits, l’immense majorité l’ayant été entre février et mai. C’est la seule relative bonne nouvelle, qui apparaîtra toutefois terrible aux yeux de tous ceux qui craignent actuellement que leur entreprise mette la clé sous la porte. Le 7 octobre est une date clé, parce que les procédures de cessation de paiement figées depuis le printemps vont être dégelées. 

Au total, quelle lecture retenir de tout cela ? 

Que le rebond a tout de même été plus puissant que les experts l’anticipaient. Il se confirme aussi que l’Etat ne lésine pas à faire jouer les amortisseurs sociaux. Le chiffre que je vais vous donner, vous ne l’entendrez qu’une fois dans votre vie : les dépenses publiques, cette année, représentent pas loin des deux tiers du produit intérieur brut, quasiment 63%. La France confirme pendant la Covid le record mondial qu’elle détenait avant la Covid. La France, un pays néo ou ultralibéral, c’est décidément et encore plus qu’avant une vaste blague ! 

Tout ce scénario est-il plausible ? 

C’est un scénario abstrait, ce sont des chiffres froids, qui ne disent pas tout ce qui se passe dans l’économie et le corps social : il y a les entreprises déjà fragiles qui sont en risque réel, il y a celles qui vont sortir renforcées, dans le numérique bien sûr. Ce moment est un puissant accélérateur. 

Bref, cela secoue. Et il y a l’incertitude sanitaire. Si de nouvelles mesures sont décidées, comme la rumeur le dit à Toulouse, Lyon ou Paris -par exemple la fermeture de l’intérieur de certains restaurants par exemple -, cela ne sera pas sans conséquence.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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