Jean-Marc Vittori

Cet été, des entreprises accueillent des stagiaires un peu particuliers : des députés. Pourquoi ? Le but est tout simple : rapprocher les politiques du monde des entreprises, monde que la plupart d’entre eux ignorent. Il y a depuis belle lurette des stages pour les jeunes, afin qu’ils acquièrent une première expérience professionnelle. Ces dernières années, il y a aussi des stages pour les enseignants, à l’initiative par exemple de l’Institut de l’Entreprise et la de Fondation pour une croissance responsable. En voici maintenant pour nos élus. Il était temps : seulement un député sur dix a une expérience en entreprise, contre un sur quatre au Royaume-Uni et même près d’un sur deux aux Etats-Unis. Le Parlement vote pourtant chaque année des dizaines de lois qui chamboulent la vie des firmes. Une étude publiée par le think tank « En temps réel » confirmait cet éloignement à la fin de l’an dernier, je la cite : « Les députés ont globalement peu d’expérience de l’entreprise et y accordent une attention relativement limitée. »Les élus ont-ils demandé à devenir stagiaires ? Non, c’est sans doute trop leur demander. L’idée est venue d’une association patronale, « Entreprise et progrès », créée il y a bientôt un demi-siècle avec le beau projet de conjuguer développement économique et développement social. Mais les élus jouent le jeu. Laurent Grandguillaume, jeune député PS de Dijon, vient de passer une semaine chez le distributeur Nature et Découvertes. Une trentaine de parlementaires vont suivre, dans différentes sociétés. Jean-Charles Taugourdeau, député UMP du Maine-et-Loire, voudrait même rendre ce stage obligatoire pour tous les députés. Voilà pour les faits. Est-ce que c’est une bonne idée ? Mon premier réflexe, c’est de répondre « oui ». Dès que l’on discute un peu avec un élu, on se rend compte qu’il n’a le plus souvent pas la moindre idée du fonctionnement des entreprises et en particulier des petites et moyennes, là où se créent les emplois. Une meilleure connaissance du terrain ne peut aller que dans le bon sens. Mais à la réflexion, on ne doit pas demander aux députés d’être à l’image de la société qu’ils représentent. Et si les élus votent une loi sur l’hôpital psychiatrique, on ne peut pas leur demander d’aller y passer une semaine, quoi qu’on en pense.Que faire alors pour que les élus connaissent mieux l’entreprise ? On pourrait imaginer sur les chaînes parlementaires une émission façon « Septante-cinq minutes », où il s’agirait de faire découvrir les charmes non de la Belgique mais de la vie en entreprise. Mais je suis partisan d’une autre méthode. Chaque parlementaire devrait être tenu, lors de la première année de son mandat, de faire toutes les formalités pour l’embauche d’un salarié fictif, puis la paie, les versements Urssaf, les congés payés, et enfin le licenciement. S’il fait tout bien, rien à payer. Mais en cas de déclaration tardive ou erronée, il devrait payer sur sa cassette personnelle les pénalités, les amendes, les indemnités et tout ce qui s’ensuit. Nos élus découvriraient enfin l’effroyable complexité d’un système qu’ils contribuent à alourdir chaque année. Une complexité qui risque d’étouffer le pays.

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