L’enseigne de distribution Camaïeu a été reprise hier par la Financière immobilière bordelaise de Michel Ohayon. Ainsi en a décidé le tribunal de commerce de Lille. La décision a été prise alors que l’entreprise était en redressement judiciaire depuis le 26 mai.

Le repreneur s’est engagé à préserver près de 2.700 emplois sur 3.100, ce qui n’est pas rien par les temps qui courent. Il n’a pas donné beaucoup d’argent, mais on peut espérer qu’il en aura davantage pour investir.
Enfin, il a sauvé il y a deux ans « La grande récré », une enseigne de jouets elle aussi en grande difficulté.
Mais rien évidemment ne garantit la réussite. 

Camaïeu est-il un cas isolé ?

Non, le groupe du Nord s’inscrit hélas dans une tendance générale.
En fait, l’épidémie de Covid-19 et le confinement du printemps ont donné le coup de grâce à toute une série de marques qui vivotaient depuis des années après avoir connues des heures plus fastes, en particulier dans l’habillement. Des marques que nous connaissons toutes et tous car leurs enseignes sont inscrites dans le paysage.
Côté chaussures, André a été racheté par l’un de ses anciens patrons, qui avait déposé la seule offre de reprise.
Côté habillement, La Halle a été reprise en juillet par le poids lourd breton du prêt-à-porter Beaumanoir.
Naf-Naf a rejoint le groupe turc Sy International après avoir appartenu pendant deux ans à un groupe chinois.
La marque pour enfants Orchestra est repassé dans les mains de son fondateur face à une firme saoudienne.
Dans ces opérations, 20 à 50% des emplois disparaissent. C’est une vraie saignée.

D’où viennent leurs difficultés ? 

Beaucoup de ces entreprises ont été prises dans un redoutable effet ciseau. D’un côté, elles avaient investi pour ouvrir de nouveaux magasins depuis plus d’une décennie. De l’autre, la montée du commerce en ligne leur a pris des parts de marché. Il faut dire aussi qu’elles n’ont pas toujours réussi à suivre ou incarner les mouvements de la mode.
Ce n’est pas un problème seulement français. On l’observe aussi au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Etats-Unis.
Derrière, c’est une mutation du commerce qui pointe son nez. Ces enseignes avaient souvent fait disparaître des boutiques plus petites dans les villes. Elles sont à leur tour mises en cause par le e-commerce, et avec elles les centres commerciaux. Le repreneur de Camaïeu veut croire aux marques, au commerce physique, à la vitalité des centres de villes moyennes. Je ne sais pas s’il a raison. L’avenir nous le dira.
 

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