Il reste 4 jours de campagne, mais on peut d’ores et déjà dresser cet élément de bilan...

Les profils des candidats ont compté davantage que leurs projets, et les chiffres n’ont finalement pas pesé bien lourd. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas eu depuis un an, mais ils n’ont pas vraiment compté - si on peut dire. Retraite à 60, 62, 65 ans, 50 ou 100 milliards d’euros d’investissements, 120.000 ou 500.000 fonctionnaires en moins, ou à l’inverse d’autres en plus, Smic à zéro charge sociale, économies dans les dépenses publiques de 100 milliards ou hausse de 173 milliards, six millions de chômeurs, neuf millions de pauvres : des chiffres, il y en a eu à la pelle. Et il y a eu des évaluations dans tous les sens par des experts de tous bords. Mais cela n’a pas vraiment imprimé, trop de chiffres ont tué les chiffres. Dans cette présidentielle, il n’y a jamais eu autant de facts checking (comme on dit), mais ils n’ont jamais autant peu imprimé. Cela a été particulièrement et notamment vrai sur les conséquences d’une sortie de l’euro. La raison est que ce que l’on a entendu dans cette campagne partout, c’est -1 de toutes façons, « ils » n’appliquent jamais leurs programmes donc tout cela n’est ni très important ni grave. -2 les experts qui évaluent appartiennent au « système », donc ils ne sont pas crédibles. Dans un pays qui broie du noir 24 heures sur 24 heures, le lyrisme a été la clé dominante parce qu’il rime avec optimisme et avec dégagisme, le mot clé de la campagne.

Et pourtant…

Oui, et pourtant, les chiffres ne sont pas seulement l’affaire des comptables, la volonté politique ne devrait pas suffire à raconter n’importe quoi. Trois présidents de la République ont payé cher le fait d’avoir triché avec les réalités dans leurs campagnes électorales. Mitterrand, en 1981, a dû changer de politique un peu plus d’un an après être entré à l’Elysée : c’est le fameux tournant. Jacques Chirac a mis cinq mois avant de réaliser, en 1995, que son discours de campagne emmènerait la France dans le mur, et certainement pas dans la qualification pour l’euro : virage sur l’aile en octobre 1995. François Hollande a lui aussi opéré son glissement sur la compétitivité. Oui, les chiffres et les additions sont plus ennuyeux que les envolées tribunitiennes, mais les oublier, c’est toujours préparer la gueule de bois.

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