L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». ____Le Budget 2009 a été voté hier soir par le Parlement. L’événement est passé inaperçu. C’est une situation que, personnellement, je n’avais jamais vue. Ce budget voté hier à l’Assemblée et au Sénat a une durée de vie de, tenez-vous bien, 48 heures. Cela n’a rien d’absurde ou de scandaleux. C’est tout simplement qu’un conseil des ministres adoptera demain les mesures de relance annoncées par Nicolas Sarkozy il y a deux semaines, qui modifieront ce budget 2009. Sans chercher à cacher les choses, Eric Woerth, le ministre des Comptes Publics a, du coup, dévoilé hier le montant du déficit de l’Etat une fois que ce plan de relance sera intégré. Et, là, ce montant est un record : 80 milliards d’euros. Même si la valse actuelle des milliards chamboule évidemment les repères habituels, c’est beaucoup. 80 milliards, c’est le double du déficit 2007. Ou si voulez, c’est 530 milliards de francs, ou l’équivalent de 250 viaducs de Millau ; ou le salaire annuel de 3 millions de fonctionnaires. Avec la crise, n’est-ce pas au fond une bonne nouvelle aujourd’hui ce déficit ? Le premier réflexe, c’est celui-là. Ce qui montre combien les esprits ont changé en quelques mois ! Un déficit de 80 milliards, cela résonne comme 80 milliards d’euros de relance à l’état brut. Cela permet à l’Etat d’investir, d’aider les entreprises, de payer ses fonctionnaires qui consommeront et la boucle est bouclée. Tous les pays font ce calcul et laissent filer leurs comptes. Si on rajoute les déficits de la sécurité sociale et des collectivités locales, l’ensemble atteint 4% du produit intérieur brut, du PIB, 5% même selon le Sénat, soit environ 100 milliards d’euros. C’est moins qu’en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, mais cela reste quand même considérable et c’est en tous cas un record absolu pour l’Etat. Un regret. Personne ne peut condamner le gouvernement de soutenir l’activité économique quand la récession est là. On est pas sûr à 100% que c’est efficace économiquement, mais on sait que c’est politiquement impossible de ne pas le faire. Donc, pas de réticence. En revanche, le regret est réel. C’est bien parce que la France traîne comme un boulet 30 ans de déficits accumulés qui ont alourdi la dette qu’elle a peu de moyens pour relancer l’économie quand il le faut. Sur les 80 milliards de déficit de l’Etat, seuls 18 milliards sont vraiment fléchés vers la relance, le reste, c’est le financement du tout-venant, des trous qui n’ont jamais été bouchés. La droite et la gauche sont coupables. En Allemagne et en Espagne, pays qui ont su réaliser des économies, qui ont réussi à équilibrer recettes et dépenses de l’Etat, la relance sera plus efficace. Le rappel. Il faut vraiment espérer que ces 80 milliards seront utiles parce qu’ils nous coûteront cher. Pas à court terme, c’est vrai. Comme les investisseurs préfèrent lui prêter à lui plutôt qu’aux entreprises et aux ménages, l’Etat arrive à emprunter à presque 0% sur les marchés. Mais la dette va s’approcher des 70% du PIB et les taux d’intérêt remonteront un jour. Aujourd’hui, leur paiement représente les deux tiers de l’impôt sur le revenu. Le moment, si il arrive, où la totalité de cet impôt sera consacré à payer des intérêts ne sera pas très glorieux.

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