Hier, le pouvoir a changé de ton sur l’exil fiscal de Gérard Depardieu.

Oui, et il a eu raison. François Hollande a refusé à blâmer (le mot est de lui) Gérard Depardieu, préférant dire à l’inverse merci aux Français qui paient leurs impôts en France. C’est plus juste que le « un peu minable » de Jean-Marc Ayrault ou le tir nourri, suffisant et au fond insuffisant d’un certain nombre de ministres. Après la famille Peugeot, Bernard Arnault, le patron de Sanofi, les entrepreneurs de start-up, les Pigeons, Lakshmi Mittal, les tacles, voire les insultes, sont déplacés dans la bouche de responsables politiques quand ils parlent de gens qui après tout n’ont pas braqué une banque ou volé de l’argent public.

Le paradoxe, en fait, est qu’il y a deux Depardieu ?

Celui de tous les excès, celui qui a été bien content que ses films soient aidés par le financement public du cinéma. Mais il y a aussi le Depardieu qui a commencé à travailler à 14 ans et qui totalise 210 millions d’entrées. Et dans chacun de nos cerveaux à nous, il y a deux hémisphères. L’un est furieux contre les égoïstes de tous poils comme il était furieux à juste titre contre les rémunérations folles des traders ; mais l’autre hémisphère constate qu’on parle beaucoup de départs en ce moment et se dit que taper sur la tête des riches à coups de marteau n’est peut-être pas la meilleure solution.

Et puis, il y a eu un élément nouveau hier.

Depardieu assure que ses impôts 2012 représentent 85% de ses revenus et qu’il a acquitté 145 millions d’euros d’impôts au cours de sa carrière. Sans avoir les détails (à mon avis on les connaîtra), je peux vous dire qu’au sommet de l’Etat, on reconnaît que ce chiffre de 85% est sans doute vrai pour Depardieu comme pour d’autres. Pourquoi ? La surtaxe à l’ISF votée cet été n’est pas plafonnée. Bien sûr, 85%, c’est hors normes et trop. Tout est question de mesure.

Le gouvernement change de ton, mais change-t-il le fond ?

Non. Pour diminuer vite le déficit public, il fallait dit-il y aller fort sur les impôts. Mais François Hollande va essayer de dire aux milieux économiques que le virage social-démocrate de cet automne est réel. Le hasard fait que ce soir, il s’adressera à 71 des plus grands patrons français réunis par leur association, l’Afep. Affluence record ! L’enjeu est important parce que ce sont eux qui décident ou non de délocaliser. Il va leur dire que la taxe à 75%, c’est pour deux ans seulement. Et leur promettre qu’en face, l’Etat va faire des économies. En attendant, un autre front s’est ouvert hier avec la Belgique qui n’apprécie pas d’être montrée du doigt et ne veut pas revoir une convention fiscale négociée par écoutez bien ... Lionel Jospin en 1999 !

Au final, quelle est la morale de cette polémique ?

Une partie de la France est choquée par l’attitude de l’acteur. Une autre par la façon dont l’acteur est traité. Le gouvernement, lui, n’est pas mécontent parce que cette affaire fait renaître le clivage droite- gauche et fait oublier le pataquès Florange. En réalité, la seule vraie question est de savoir combien le départ tonitruant de Depardieu cache de fuites discrètes mais plus conséquentes d’argent et d’activités.

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