Vous commentez la bagarre qui prend de l’ampleur sur le sort des concessions autoroutières et du montant des péages.

On ne sait pas bien ce qui sortira de ce conflit entre l’ensemble des acteurs publics et les sociétés d’autoroute que chacun connaît. Disons seulement ceci : l’hypothèse, extrême, de la résiliation des concessions, la nationalisation, (cette hypothèse) n’est pas la plus probable. Pour une raison : légalement, il faudrait la formaliser avant le 31 décembre pour qu’elle soit effective le 1er janvier 2016 ! Mais ce qui est frappant dans cette bagarre, c’est que c’est un jeu de dupes, de bonneteau : chacun des acteurs ment ou triche un peu, beaucoup ou passionnément.

L’Etat, d’abord, dites-vous.

Officiellement, le gouvernement s’insurge du niveau des péages. Mais Les Echos ont révélé hier qu’il avait conclu discrètement, il y a un an, un accord avec les sociétés pour qu’elles versent à l’Etat des redevances plus élevées. Pour remplir ses caisses. En échange, il leur a dit banco pour un relèvement des péages de 1,5% sur trois ans en plus de la hausse normale. Bravo le double langage.

Même constat pour les sociétés autoroutières.

Toutes filiales de grands groupes de travaux publics, elles ont réalisé une bonne opération avec la privatisation. Elles ont aussi tiré sur la ficelle, sans violer les textes, mais en ayant une maîtrise parfaite des processus. Elles, elles savent exactement combien coûte un km d’asphalte. Et maintenant, elles sortent les dents en disant : nous sommes dans un Etat de droit, on ne s’assied pas sur les contrats (ce qui est vrai), et si vous voulez des travaux et des emplois, attention (ce qui est du chantage).

Jeu à tiroir aussi pour le Parlement.

Le Parlement jure que scrogneugneu, cela ne se passera pas comme ça. En réalité, il règle aussi ses comptes avec l’exécutif. Depuis dix ans, il a été mis hors circuit. Par exemple, Bercy avait oublié encore hier de lui parler de l’accord discret dont je viens de parler sur les péages. Trop bête ! Ensuite, et ce serait aberrant si cela se confirmait, pour certains élus frondeurs, taper sur Vinci ou Eiffage, c’est un moyen facile de contrebalancer les aides aux entreprises aux yeux de la gauche.

Enfin, la Cour des comptes et l’Autorité de la concurrence ne sont pas non plus forcément sans arrière-pensée.

Leurs rapports, certes excellents, sortent quand même de la plume d’experts par profession peu favorables à la concession, qui leur apparaît comme un démembrement de l’Etat. Et tout cela est ultra-technique : L’enjeu de la discussion, c’est aussi de savoir si ce qui compte, c’est le taux de marge nette ou le taux de retour sur investissement. Pas évident.

Conclusion ?

Il y a à l’évidence du grain à moudre pour un compromis. Mais dans cette affaire d’autoroutes, il faut regarder aussi sous la chaussée : chacun joue sa partition. En tout cas, les politiques ont été bien aventureux de faire croire que les péages allaient baisser.

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