L'attention pour l'avenir de l'industrie va revenir en première ligne, avec plusieurs dossiers sur la table (Ford, Ascoval, etc.). La production industrielle française est toujours 10% en dessous de son niveau d'il y a dix ans.

L'usine Ford de Blanquefort
L'usine Ford de Blanquefort © AFP / NICOLAS TUCAT / AFP

Comme souvent en France, le débat public subit ces derniers mois des gros mouvements de balancier. Après l’été, nous avons parlé pendant deux mois d’écologie, puis il y a eu deux mois sur les impôts et le pouvoir d’achat. 

Le sujet compétitivité et industrie revient aujourd'hui au galop. Usine Ford de Blanquefort, aciérie Ascoval, suppressions de postes chez Sanofi et Nestlé : la dure réalité économique se rappelle à nous parce que le tissu industriel reste fragile en France. La démographie des usines est sur la corde raide avec, depuis janvier, 119 ouvertures et 104 fermetures, selon l’Observatoire Trendeo. 

La désindustrialisation du pays est une réalité qui explique que beaucoup de Français font davantage de kilomètres qu’autrefois pour aller travailler, qui explique aussi pourquoi les collectivités locales ont moins de ressources. 

Cette année, la production industrielle est 10% inférieure à ce qu’elle était il y a dix ans et elle est en dessous de son niveau de l’année 2000, ce qui veut dire que la chute est bien antérieure à la crise financière. Les efforts pour remonter la pente sont longs et difficiles. 

Chaque cas est particulier mais quelles sont les raisons de cette désindustrialisation ? 

Si les usines ferment, c’est parce que les industriels vendent trop cher leurs produits au regard de leur qualité. Prix allemands, qualité espagnole, dit-on parfois dans un méchant raccourci. 

Les milieux économiques ont longtemps incriminé le trio euro (plus de dévaluation possible), ISF (les entreprises familiales s'en vont) et 35 heures (le coût du travail est alourdi). Et la réponse est depuis 15 ans d'alléger leurs coûts, avec des baisses de cotisations sociales et fiscales, qu'il serait fou d'interrompre. 

Mais deux facteurs sont très puissants aussi. Le manque de compétences est le facteur explicatif qui monte ces dernières années, parce que cela joue sur la qualité des produits. Tous les industriels évoquent leurs difficultés de recrutement et le gouvernement évalue à 250.000 le nombre d’emplois non pourvus dans l’industrie – ce qui est incroyable avec le taux de chômage qui est le nôtre. 

Mais les entreprises réclament aussi désormais des politiques européennes de protection, de protectionnisme, contre les concurrences déloyales, de Chine et d'ailleurs. 

C'est nouveau et c'est une offensive contre la ligne allemande sur le libre-échange. En 2019, ce sera un sujet central.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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