Le divorce entre la CFDT et le gouvernement est réel, il est intellectuel et stratégique. Les deux devront pourtant trouver un compromis. Ce qui est en cause, ce sont aussi les prochaines échéances politiques.

"il y a une relation très détériorée entre le gouvernement et le premier syndicat de France, réformiste" analyse Dominique Seux
"il y a une relation très détériorée entre le gouvernement et le premier syndicat de France, réformiste" analyse Dominique Seux © AFP / Stéphane de Sakutin

C’est moi qui ai vous écrit le mot divorce dans votre lancement, Nicolas, mais la vérité est que pour qu’il y ait un divorce, il faudrait qu’il y ait eu mariage. Et il n’y a pas jamais eu de mariage entre Emmanuel Macron et Laurent Berger. 

C’est un problème : il y a une relation très détériorée entre le gouvernement et le premier syndicat de France, réformiste. 

Quand on parle en "off" à l’Elysée et à Matignon, on comprend qu'il y aura une négociation mais on y entend d'abord cette formule : "peu importe d’avoir ou pas la CFDT dans le bateau". C’est de l’amertume. Edouard Philippe s’est trompé, il pensait que son plan passerait et que Laurent Berger, en pesant tous les éléments de la balance qui vont dans son sens, toperait. Raté. 

Quels éléments vont dans le sens de la CFDT ? La retraite par points, le minimum à 1.000 euros, le report de l’objectif d’équilibre à 2027 etc. 

Plus fondamentalement, le pouvoir reproche à la CFDT d’avoir changé. De ne plus défendre en priorité les salariés, mais les exclus : les migrants, les précaires. D’être sociétal et politique plus que syndicaliste en réfléchissant au pouvoir de vivre plus qu’au pouvoir d’achat et en étendant son champ d’intervention à l’écologie avec Nicolas Hulot. Et il ne fait aucun doute que le syndicat a élargi ses préoccupations.

Ce procès a-t-il pourtant du sens ? Non. 

- C’est vrai que la CFDT a trop longtemps nié tout problème financier des retraites ;

- c’est vrai aussi qu’on ne voit pas ce qu’elle donne dans la négociation pour arriver à un compromis. 

Mais la CFDT de Berger n’est pas différente de celle de Nicole Notat. En passant en force avec l’âge-pivot sur un sujet si anxiogène, le gouvernement enverrait le message qu’il n’aime les syndicats que quand ils sont jaunes. Qu’il met sur le même plan la CGT qui coupe illégalement l'électricité et la CFDT. Le parallèle va faire bondir mais Lionel Jospin était lui aussi passé en force en 2000 en imposant les 35 heures sans négocier, contre l’avis de Strauss-Kahn et Notat. 

Un signe : Nicolas Théry, qui a travaillé avec les deux, aujourd’hui président du Crédit Mutuel-CIC, a dit vendredi dans Les Echos le mal qu’il pense de cette méthode-là. 

Au-delà et c'est essentiel, si le calcul de l’exécutif est :

- de savourer le semi-échec syndical d’hier ;

- ou si c’est de priver d’oxygène la droite (Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse) en 2022 avec une hausse de fait de l’âge de la retraite pile à ce moment-là parce que les électeurs de droite seraient rassurés ; 

Alors, tout cela donnera du carburant à Marine Le Pen avec l'abstention de toute la "famille" cédétiste et sociale-démocrate à la prochaine présidentielle si le duel du second tour de la présidentielle de 2017 se reproduisait.  Personne n’y aura rien gagné. 

Conclusion ? Une victoire sans négociation est possible, mais elle ne ferait que des perdants.

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