Dominique Seux, vous commentez la décision de Manuel Valls d’utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter le projet de loi Macron.

Ce recours, il y a beaucoup de façons de l’analyser sur le plan politique. On retiendra que c’est le 17 février que l’esprit d’unité du 11 janvier a volé en éclat – et d’abord dans la majorité. Que la gauche a recours à une arme qu’elle a toujours dénoncée. Que le pouvoir regardera à deux fois avant de proposer d’autres réformes plus ou moins libérales. Et on se souviendra que ce 49-3 a été utilisé pour la première fois depuis 2006 sur le sujet ô combien essentiel (!) du passage de cinq à douze dimanches travaillés par an. Manuel Valls a sans doute eu raison de faire preuve d’autorité sur ce texte réformateur. Mais au total il y a quelque chose d’aberrant à ce que la France en soit là avec 3 millions 6 de chômeurs. ce que cette décision ne changera pas, c’est que - 49-3 ou pas -, la loi Macron est encore loin d’entrer en vigueur, y compris sur les sujets consensuels. C’est là qu’il y a aussi, je crois, matière à incompréhension, voire à scandale – et curieusement cela ne surprend personne.

C’est-à-dire, que voulez-vous dire ?

Le temps du Parlement et du gouvernement est tellement long, que les premières mesures de cette loi dont on parle depuis l’été dernier ne s’appliqueront au mieux qu’à la fin de cette année, et sans doute courant 2016. Le texte va passer au Sénat (avec une pause pour les élections cantonales), revenir à l’Assemblée, puis il faudra des décrets d’application, bref au minimum un an et demi alors que le chômage bat des records, que la croissance a disparu, qu’il y a urgence. Faut-il tout ce temps pour la réforme du permis de conduire ? L’ouverture du marché des cars ? L’obligation pour les routiers étrangers d’être payé au smic ? Il y a beaucoup de temps perdu. Et encore l’urgence a été déclarée pour ce texte, imaginez ce que cela serait sans.

Vous avez un exemple très concret ?

L’ouverture le dimanche des grands magasins du boulevard Haussmann, à Paris, dont on parle depuis des années, ne pourra concrètement pas avoir lieu avant le début 2016 au mieux alors que le patron des Galeries Lafayette promet de créer immédiatement 500 emplois. Absurde !

Mais c’est le temps - normal - du débat et de la décision politique !

Le temps et les procédures politiques ne sont plus adaptés. Le président de l’Assemblée, Claude Bartolone, le reconnaît lui-même. On a déjà vu cela avec les mesures pour les entreprises du Pacte de responsabilité. Les baisses de cotisations sont entrées en vigueur le 1er janvier, on en parlait depuis treize mois. La croissance française a été de 0,4% ces trois dernières années, elle a reculé par habitant puisque la démographie a augmenté : la question, c’est de débattre de ce qu’il faut faire, mais aussi de faire en sorte d’appliquer vite ce qui est décidé. La lenteur, c’est une des raisons de la dévalorisation de la politique.

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