On connaît le contenu du projet de loi El Khomri sur le marché du travail. Il est plus ambitieux que prévu ?

Il est plus réformateur que prévu à tel point qu’une plaisanterie plus ou moins subtile court : certains parlent du projet El Macron. C’est vrai, aucun des totems de la gauche n’est renversé frontalement. Le contrat de travail, le Smic, les 35 heures restent gravées dans le marbre. Mais la situation de l’emploi est telle, et tellement à rebours de ce qu'on constate en Allemagne et au Royaume-Uni que François Hollande franchit des Rubicon en autorisant les entreprises à prendre des libertés sur certains curseurs par accord avec les syndicats et/ou referendum.

La ministre du Travail, dans une interview aux Echos , votre journal, prévoit de redéfinir le licenciement économique.

C’est la disposition qui peut frapper l’esprit des chefs d’entreprise qui préfèrent ou ne pas embaucher ou embaucher en CDD –même si c’est plus cher- plutôt qu’en CDI parce qu’ils ne savent pas ce qui se passera si leur activité évolue mal ou s’ils doivent se réorganiser. Aujourd’hui, si les salariés vont aux prud’hommes, ils gagnent dans la majorité des cas, le juge a son avis sur les motifs économiques et s'appuie sur une jurisprudence épaisse et parfois aléatoire. Le projet dit ce qu'on entend par difficulté économique : une baisse du chiffre d’affaires qui dure, des pertes, la sauvegarde de la compétitivité, etc.

Ça va dans le bon sens, pour vous ?

Oui ! Ca peut donner de la sécurité, de la clarté. En 2013, il y eu un virage fiscal pour les entreprises; en 2016, c’est un virage social pour essayer. Cela dit, les milieux économiques sont vaccinés depuis dix ans contre les avancées qui n'en sont pas. Et la majorité socialiste va fronder. Y a t-il du 49-3 dans l'air : pas sûr que François Hollande et Manuel Valls, qui est pour, soient sur la même ligne.

Dernier point : le pouvoir judiciaire n’a pas la cote.

Si on met bout à bout l’état d’urgence, le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement pour éviter que des PME se retrouvent sur la paille, et la redéfinition du licenciement, il y a la manifestation d'une méfiance caractérisée vis-à-vis des délais et de la loterie des juges, qui devraient réfléchir à ce qu'il en est.

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