Les ministres des Finances de la zone euro ont parlé hier soir : des aides aux pays en difficulté. Mais un autre sujet commence à passionner les capitales, surtout Paris et Berlin : la succession de Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne.

C’est le sujet dont on commence à parler en coulisses et qui va occuper les dirigeants européens d’ici l’été. Le mandat de Jean-Claude Trichet a débuté en 2003 et s’achèvera donc le 31 octobre de cette année, c’est-à-dire dans huit mois. C’est peu de dire que le choix de son successeur sera important. D’abord parce que la BCE est la seule institution véritablement intégrée de cette zone euro de plus de 300 millions d’habitants –avec un rôle clé sur la monnaie et les prix. Ensuite parce que Jean-Claude Trichet qui, au départ, était critiqué, par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, la gauche, pour son dogmatisme, son obsession anti-inflationniste, (JCT) a acquis une vraie légitimité depuis la crise. Sa réactivité, sa souplesse - il a passé outre plusieurs interdits (le rachat de dettes souveraines)-, ont impressionné. Bref, la BCE est prise au sérieux.

Mais la question qui est posée là est de savoir si un Allemand va lui succéder. Exactement ! Et il y a déjà une bataille feutrée qui pourrait se transformer en vrai bras de fer franco-allemand. Résumons : après un Néerlandais puis un Français, l’idée a longtemps tourné que cela pourrait être un italien, Mario Draghi. Mais son étoile a pâli et un nom revient désormais sans cesse : celui d’Axel Weber, le patron de la puissante Bundesbank, faucon parmi les faucons qui s’est opposé à plusieurs reprises à Jean-Claude Trichet. Ses atouts ? Il siège déjà au sein au directoire de la BCE. Il est aussi l’un des seuls en Europe dont la compétence technique est certaine. Le problème, c’est que Paris n’en veut pas. La France, Nicolas Sarkozy, le trouve dur, pas assez flexible, pas capable de gérer des crises avec pragmatisme. En plus, l’idée d’un Allemand à la BCE, à Francfort, ne plaît pas, l’Allemagne est déjà la puissance dominante. Mais de son côté, Angela Merkel a tout intérêt à le défendre, l’euro inquiète son opinion publique. Elle, elle a sept élections régionales difficiles devant elle.

Y a –t-il d’autres alternatives à Axel Weber ? On en est pas encore là, pour l’instant chacun "affiche" (c’est une expression parce que rien n’est public) ses positions de départ avant d’entrer vraiment dans la négociation. Mais cela va venir très vite. A l’Elysée, à Matignon, à Bercy, beaucoup d’hypothèses sont explorées. Christine Lagarde, à Bercy, dit clairement que si Jean-Claude Trichet pouvait être prolongé, ce serait l’idéal –mais sauf crise gravissime, on ne voit trop pourquoi. Le camp français cherche du coup un autre Français (“il y en a beaucoup de compétents” dit-on) ou un autre Allemand qu’Axel Weber –parmi les politiques. Sans oublier des tiers, comme Erkki Liikanen, actuellement gouverneur de la banque centrale finlandaise. Bref, les esprits s’échauffent. Tout cela devrait logiquement, comme toujours dans le couple franco-allemand, se terminer par un compromis, mais d’ici là gare aux tensions dans le ménage.

Pour la France l’enjeu est important ! Deux institutions internationales clés sont dirigées par des Français, le FMI et la BCE –et cela ne va pas durer. Nicolas Sarkozy rêve peut-être de proposer la BCE à DSK – cela l’arrangerait ! Mais, même à l’Elysée, on juge cela “farfelu”.

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