Les acteurs économiques sont avertis : les relations avec le Royaume-Uni seront très différentes à l’avenir.

Le discours de Theresa May, hier, a été on ne peut plus clair, mais le risque est grand de se tromper sur son sens. Londres a joué hier le registre d’une communication sur un Brexit dur, qui coupe les ponts avec le Continent. Mais c’est parce que les Vingt-Sept, ceux qui restent, ont tenu bon et refusé ce dont rêvaient les britanniques : avoir le beurre et l’argent du beurre. Londres voulait retrouver le contrôle des frontières pour les personnes. Mais garder en même temps un accès total au marché unique pour vendre marchandises et services financiers. Les Vingt-Sept ont duit : l’Europe, vous l’aimez (un peu) ou vous la quittez. Les Anglais la quittent. Donc, d’ici deux ans, il y aura théoriquement des droits de douane entre les deux rives de la Manche –ce qui est un paysage totalement nouveau. Pourquoi théoriquement ? Parce que Londres, et Theresa May l’a dit à François Hollande au téléphone hier soir, va proposer de signer des accords commerciaux de libre-échange. Cela prendra des années puisqu’il faudra négocier produit par produit. Il y a donc de l’incertitude pour les acteurs économiques. Prenez les constructeurs automobiles ou aéronautiques : les pièces sont fabriquées en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et franchissent à de multiples reprises les frontières. Va-t-on les taxer à chaque fois ?

Mais Londres pense avoir trouvé un moyen de chantage.

Londres pense effectivement être en position de force en menaçant de faire du dumping fiscal aux portes de l’Europe sur l’imposition des sociétés. De baisser les impôts pour attirer les entreprises, comme le fait Trump aux Etats-Unis en ce moment. En menaçant de créer un super-Singapour à 30 kms de nos cotes, mais sur une taille inégalée. On verra ce qui se passera mais c’est un paradoxe inouï que le Brexit, qui a été souvent lu avec complaisance, notamment ici en France, comme une saine révolte des peuples et un refus de la mondialisation libérale et brutale, (il est inouï que ce Brexit) ne débouche en définitive que sur la brutalité des rapports de forces et un chantage au moins-disant fiscal. On le sait pourtant : le chacun pour soi est rarement une bonne solution.

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