La France face à un nouveau dilemme concernant une entreprise chinoise, Huawei, le numéro un mondial qui équipe les réseaux télécoms. Est-il prudent de laisser une place enviable à un groupe que les Etats-Unis accusent d'espionnage ?

Le fabricant Huawei au coeur d'une polémique, accusé de travailler avec le pouvoir chinois
Le fabricant Huawei au coeur d'une polémique, accusé de travailler avec le pouvoir chinois © Getty / SOPA Images

Il s’agit de Huawei, son nom ne vous peut-être pas grand-chose, mais c’est le numéro un mondial des équipements de réseaux de télécommunications et le numéro trois dans les smartphones. Tous les spécialistes reconnaissent la très bonne qualité de ses produits et ce groupe chinois se positionne partout pour être leader dans la 5G, la norme qui sera bien plus rapide que l’actuelle 4G et qui va arriver dans très peu d’années. 

Le hic, c’est que les agences américaines du renseignement estiment que Huawei est lié au pouvoir chinois et que ses infrastructures pourraient contenir des accès cachés permettant aux services d'espionnage chinois d’obtenir des tas d’informations. Et voilà que depuis mercredi, l’entreprise se retrouve au cœur d’une enquête criminelle menée par la justice américaine, qui l’accuse d’avoir dérobé des secrets aux Etats-Unis. 

Washington, mais aussi le Japon, l’Australie, le Royaume-Uni et, hier soir, l’Allemagne, ont décidé un embargo sur les équipements du Chinois : pas touche à la 5G chez nous, motif de sécurité nationale !  

Et donc, qu’en sera-t-il en France ?  

C’est compliqué. Ici, la quasi-totalité des opérateurs télécoms utilisent déjà du matériel Huawei, à tel point que les antennes Huawei équipent la moitié des réseaux de Bouygues Télécoms et SFR. Sachez aussi que les automobiles Peugeot seront aussi équipées en Huawei. 

Alors, ces dernières semaines, quand les rumeurs couraient, une ligne rouge avait été fixée par le gouvernement : pas de Huawei dans les cœurs de réseau, là où il y a les informations sensibles, et pas en région parisienne, là où il y a des lieux de pouvoirs sensibles. Vous voyez la confiance … 

Il y a même eu parait-il, un échange viril entre Patrick Drahi, de SFR, et Bruno Le Maire, parce que l’industriel a semble-t-il essayé de passer en force pour équiper Paris. La question aujourd’hui est de savoir si avec ces nouveaux éléments et la décision de Berlin (Berlin qui va rarement contre ses intérêts commerciaux en Chine), la question est de savoir si Paris va devoir changer de pied. Si c’est non, il faudrait être certain de ne pas le regretter dans quelques années.  

Quelle conclusion peut-on en tirer ? 

Au-delà de la guerre commerciale que se livrent les Etats-Unis de Donald Trump et leurs alliés avec Pékin, on voit bien avec cet exemple qu’en vingt ans seulement, la Chine a totalement changé de rôle : paradis de l’imitation, puis de la fabrication à prix cassés, puis pays qui gagne des places dans la compétition internationale, c’est devenu une puissance à part entière qui impose que des protections soient mises en place.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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