Le gouvernement a donc lancé hier le choc de simplification, avec 200 mesures pour rendre la vie moins compliquée… Est-ce que ce n’est pas un gadget ? Eh bien, pas du tout. Il serait facile d’ironiser sur le fait de porter de dix à quinze ans la validité de la carte d’identité ou la possibilité de déclarer en ligne une grossesse, quand plus de 1.000 personnes perdent leur emploi chaque jour ou que des milliards manquent à l’appel dans les rentrées fiscales de l’Etat.

Je vous demande instamment de ne pas céder à cette tentation. Car nous vivons dans un monde très compliqué, et ça empire de jour en jour. Et nous sous-estimons toujours le coût de la complexité. Plus une forêt est touffue, moins on a envie d’aller s’y promener. C’est pareil pour la paperasse : plus il faut en remplir, moins on a envie d’agir.Et agir, ça veut dire par exemple, pour un chef d’entreprise, recruter. La simplification devrait être une priorité nationale.Alors pourquoi c’est si compliqué ? Ca, c’est une question pas simple. Je citerai trois explications. D’abord, nous vivons dans un monde de plus en plus ouvert. C’est plus compliqué qu’à la préhistoire, où tout se passait autour de la grotte. Ensuite, nous vivons dans un épais brouillard d’informations. En dix ans, la quantité d’informations émise sur les réseaux numériques a été multipliée par quarante et les gens sont devenus beaucoup plus connectés les uns aux autres.Enfin, les gouvernants, les députés, les fonctionnaires ne cessent de produire de nouvelles règles et de nouvelles exceptions qui s’empilent les unes sur les autres. Ces trois raisons, on les retrouve partout dans le monde ! Pourquoi faut-il un choc de simplification en France ? Chez nous, on ne se fait pas confiance les uns aux autres. Ca apparaît tout à fait clairement dans les comparaisons internationales. Or si vous faites affaire avec quelqu’un à qui vous ne faites pas confiance, vous allez rédiger un contrat en béton. Voilà pourquoi, à l’échelle du pays, on écrit des kilomètres de lois, de décrets, de réglementations en tout genre pour se border de tous les côtés. Et ça, alors pour le coup, ça finit par devenir effroyablement compliqué. C’est donc seulement une affaire de défiance ? Le problème va hélas bien au-delà. Car en France, nous sélectionnons les élites sur leur capacité à maîtriser la complexité. C’est au fond le premier critère de recrutement dans une école comme l’ENA. L’ENA dont sont sortis, je vous le rappelle, le président, la ministre des Affaires sociales et ceux de l’Economie et du Travail. Et aussi la plupart des grosses têtes de Bercy. Résultat : ils nous fabriquent des dispositifs, j’allais dire des trucs, très très compliqués dont ils sont très très fiers. Le système de taxation des plus-values de cessions d’entreprise, qui avait provoqué la révolte des pigeons à l’automne dernier était un modèle du genre : quotient, multiplicateur, exonération partielle, déduction sociale, abattement progressif et j’en passe.

Mais on retrouve de la complexité partout dans le crédit d’impôt emploi, dans la proposition de loi sites rentables, et aussi, pour faire bonne mesure, dans toute une série de lois votées sous Nicolas Sarkozy. La contradiction est dans la tête de nos gouvernants. A côté de la simplification administrative en France, le boulot de Sisyphe avec son rocher, c’était un jeu d’enfant.

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