Le FMI vient de rendre son diagnostic annuel sur l’économie française. Que dit-il ?

Incroyable mais vrai : le Fonds monétaire international lance des fleurs à Paris. Ses experts font preuve d’un optimisme débordant. Ils révisent leur prévision de croissance à la hausse, 1,5% cette année et davantage l’an prochain. Et leur rapport commence par ces mots : « L’ambitieux programme de réformes du gouvernement pourrait fortement contribuer à résoudre les défis économiques auxquels la France se heurte de longue date. » Tout ça est très inhabituel. Mais au fond, ce n’est pas très étonnant que le FMI de Christine Lagarde ait un petit faible pour la France d’Emmanuel Macron. Les deux sont à peu près sur la même ligne: il faut que le marché marche là où il est utile, que l’Etat soit efficace ailleurs, et aussi que les inégalités soient contenues.

Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Et bien pas tout à fait. Car dans le bouquet de fleurs, il y a des roses avec de grosses épines. Le FMI le dit et le redit : tout ira très bien si le gouvernement réduit vite et fort la dépense publique. Pas question de tergiverser. Or il y a là un petit problème. Si le Premier ministre Edouard Philippe répète qu’il va falloir se désintoxiquer de la dépense publique, le candidat Macron, lui, n’avait pas été très bavard sur la question. Difficile de se prévaloir d’un mandat fort des électeurs pour faire des économies. Le philosophe qu’il fut devrait se fendre assez rapidement d’un discours de la méthode sur cette question cruciale pour l’économie française.

Au fond, le FMI ressort sa vieille rengaine libérale sur le toujours moins d’Etat…

Non, car il a changé. Avant, ses économistes prêchaient urbi et orbi les vertus du marché. Depuis une douzaine d’années, avant même le début de la crise financière, leur réflexion s’est affinée. Ils ont par exemple découvert que les inégalités pouvaient faire des dégâts sociaux, et même freiner la croissance. Ou que l’Etat a un rôle à jouer, y compris pour freiner les mouvements de capitaux quand la spéculation devient trop dangereuse pour un pays. Mais quand on attend davantage de l’Etat, alors on exige alors qu’il soit efficace dans son action. Le vrai problème de la France, ce n’est pas que l’Etat dépense trop, c’est qu’il dépense mal. Son aide au logement, par exemple, fait monter les prix au lieu d’alléger la facture pour les moins aisés. Mais évidemment, il ne faut pas être hypocrite : mieux dépenser, c’est aussi moins dépenser.

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